Xénophobie en Afrique du Sud : pourquoi l’Union africaine peine à jouer un rôle de médiation crédible

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Drapeau de l'Union Africaine (UA)

La xénophobie en Afrique du Sud constitue un défi récurrent qui ébranle les fondements de la solidarité panafricaine. Depuis les années 2000, des vagues de violences contre les migrants africains (Nigérians, Mozambicains, Zimbabwéens, Somaliens notamment) ont fait des dizaines de morts, des milliers de déplacés et d’importants dégâts matériels. Ces attaques, souvent alimentées par la compétition pour l’emploi, les services publics et le logement dans un contexte de fort chômage et d’inégalités persistantes post-apartheid, révèlent les failles d’une « nation arc-en-ciel » qui peine à intégrer ses frères du continent.

L’Union africaine (UA) a multiplié les déclarations. En septembre 2019, son Conseil de paix et de sécurité (CPS) a tenu sa 879e réunion, condamnant les violences et appelant à une conférence continentale sur les causes profondes de la xénophobie. Plus récemment, en 2026, face à de nouvelles flambées (notamment à Durban), le Ghana a demandé un débat au sommet de coordination de l’UA au Caire, tandis que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a dénoncé les violations des articles de la Charte africaine. Pourtant, ces initiatives restent largement symboliques. L’UA peine à imposer une médiation crédible.

Plusieurs raisons expliquent cette faiblesse structurelle. D’abord, le principe de non-ingérence et de respect de la souveraineté, inscrit dans l’Acte constitutif de l’UA, limite son action. L’Afrique du Sud, puissance économique régionale et membre influent, rejette souvent le qualificatif de « xénophobie », préférant parler de criminalité ou de frustrations socio-économiques. Pretoria répond aux critiques par des engagements diplomatiques bilatéraux (avec le Ghana ou le Nigeria) tout en dénonçant une « escalade regrettable » lorsqu’on internationalise le dossier.

Ensuite, l’UA souffre d’un manque de mécanismes coercitifs et de ressources. Contrairement à l’Union européenne, elle ne dispose pas d’outils contraignants ni de force de maintien de la paix dédiée à ce type de crises internes. Ses appels à la coopération entre pays d’origine, de transit et d’accueil restent lettre morte face à l’absence de volonté politique collective. La « solution africaine aux problèmes africains » se heurte à la réalité : les États membres, souvent confrontés eux-mêmes à des instabilités, privilégient leurs intérêts nationaux. La Commission de l’UA est priée d’« engager pleinement » Pretoria, mais sans levier réel, ces demandes s’essoufflent.

Enfin, le déni et le minimalisme sud-africains, combinés à une couverture médiatique polarisante, affaiblissent la légitimité de toute médiation continentale. Les migrants africains fuient des pays en crise, mais leur présence accentue les tensions locales sans que des politiques migratoires harmonisées au niveau continental n’émergent.

Pour regagner en crédibilité, l’UA devrait promouvoir une conférence véritablement contraignante sur la migration, renforcer son Panel des Sages pour la diplomatie préventive, et lier la lutte contre la xénophobie à ses agendas sur la bonne gouvernance et le développement (Agenda 2063). Sans réforme institutionnelle et pression politique soutenue, l’Union risque de rester un spectateur impuissant d’une fracture qui mine l’unité africaine. La xénophobie sud-africaine n’est pas seulement un problème national : c’est un test existentiel pour l’UA.

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