Chaque jour, les routes du Niger font des victimes. Les chiffres sont alarmants, et la majorité des personnes touchées sont des jeunes. Cette crise a un coût humain terrible, mais aussi un impact économique énorme pour le pays.
Pour bien comprendre l’ampleur du problème, il faut regarder les données. Entre 2023 et 2024, « le Niger a enregistré 15 690 accidents de circulation ayant causé la mort à 2 181 personnes, dont la majorité des victimes est constituée des jeunes ». Il ressort des statistiques publiées par les services compétents de la Police et de la Gendarmerie nationale, compilées par l’Agence Nigérienne de la Sécurité Routière (ANISER) au cours de cette période, que la situation demeure alarmante sur l’ensemble du pays.
Le rapport annuel des accidents routiers, tel que publié en 2023 par ANISER fait état de « 7 671 accidents de la route enregistrés sur l’ensemble du pays, occasionnant 1 075 décès, 4 393 blessés graves et 8 163 blessés légers ». La tendance meurtrière sur les routes nigériennes s’est poursuivie en 2024 avec « 8017 accidents comptabilisés, pour 1106 tués, 4393 blessés graves et 8163 blessés légers » avec un taux de variation s’établissant pour les deux années à 4, 54% d’accidents enregistrés, 2,88% des personnes tuées, 2,75% des blessés graves et 7,82% des blessés légers.
Selon l’OMS , le Niger fait partie des pays africains qui affichent des chiffres dramatiques sur le nombre de décès lié aux accidents routiers. En 2019 Atlas Magazine a indiqué que le pays présente un taux de mortalité de 25,5 pour 100 000 habitants. Ce taux le place au 24ᵉ rang sur les 35 pays africains listés.
Les principales causes des accidents routiers au Niger
Elles sont d’ordre humaines et représentent plus de « 80% des causes d’accidents au Niger », déclarait en 2023, le ministre des transports et de l’Equipement, le Colonel-major Salissou Mahamane Salissou, à l’occasion de la 12ème édition de la journée africaine de la sécurité routière.
Plus spécifiquement, il s’agit du : « non-respect du code de la route, l’excès de vitesse, la fatigue, la somnolence, la surcharge, l’usage du téléphone au volant, le non-port de la ceinture et du casque de sécurité ». S’y ajoutent, selon Maman Abdou, un conducteur de taxi à Niamey, « la maîtrise insuffisante du véhicule par un grand nombre des usagers et l’imprudence des piétons ».
En plus, dira Ibrahim Amani, moniteur d’Auto-école à Niamey, « il y a des pratiques peu orthodoxes, comme le versement des pots-de-vin pour obtenir le permis de conduire, alors que le candidat n’est pas apte ; ajouté aussi à l’incapacité de certains examinateurs à conduire convenablement les différentes phases de l’examen pour obtention du permis de conduire au niveau de certains Centres d’examen ». A plusieurs de ces examinateurs, il est reproché entre autres, « la non-maitrise du code de la route et même la conduite en tant que telle ».
Tahoua, la région la plus endeuillée en 2024
Elle compte en 2024, le nombre le plus élevé de personnes tuées dans les accidents de la circulation routière. « 201 personnes ont perdu la vie dans 1027 accidents de la route enregistrés ayant également fait 549 blessés graves et 911 blessés légers ».Mais si on prend en compte le nombre d’habitants, c’est la ville d’Agadez qui compte le plus grand nombre de deces par nombre d’habitants, soit 14 deces pour 100 000 habitants).
Le mauvais état des infrastructures routières dans la région ainsi que les causes humaines dont la surcharge des véhicules (marchandises et passagers mis ensemble), accentuées par l’abus d’alcool et des stupéfiants par les conducteurs routiers justifient l’ampleur du phénomène dans cette partie du Niger.
La région de Tahoua est suivie en nombre de morts par celle de Maradi avec ses « 199 tués dans 180 accidents enregistrés, 553 blessés graves et 1139 blessés légers ». En troisième position vient la région de Zinder qui, en 2024 a enregistré « 716 accidents ayant causé la mort à 179 personnes, 647 blessés graves et 825 blessés légers ».
Ce sont également les causes humaines et la dégradation des infrastructures routières dans la région qui sont pointées du doigt comme étant les causes principales des accidents de la circulation dans les régions précitées.
La région de Niamey qui a enregistré 4 258 cas d’accidents routiers vient en 4ème position en termes de personnes tuées. Leur nombre est établi à « 182 tués, 1183 blessés graves et 3487 blessés légers ». A Niamey aussi, les causes humaines sont en première ligne comme causes d’accidents routiers. Elles vont du « non-respect du code de la route à l’excès de vitesse ; l’imprudence des conducteurs ; le manque de rigueur ; l’incivisme ; l’ignorance des règles de circulation ; l’absence de signalisation appropriée », entre autres.
Le taux élevé de l’urbanisation dans la ville de Niamey ayant atteint 95%, ajouté au taux de croissance démographique annuel estimé à 3,8% en 2024 ainsi que l’augmentation exponentielle du parc automobile dans la ville, l’imprudence des jeunes (sans maitrise de véhicule et ne disposant pas de permis de conduire) dans la circulation routière, s’adonnant à des drifts et autres cascades à motos, contribuent beaucoup dans la commission d’accidents de la circulation dans la capitale nigérienne.
Profil des principales victimes
Les hommes sont les plus impliqués dans la majorité des accidents de la circulation routière au Niger. Dans cette catégorie, on y retrouve également une portion importante des « jeunes de moins de 24 ans », selon les données du Service de Constat des Accidents de la Circulation (SCAC).
La même source indique dans son rapport de février 2025 que les hommes représentent également une part importante des décès «84% en tant qu’auteurs d’accidents et 78% en tant que décès ».De façon générale, il faut noter que lorsqu’on prend en compte le nombre d’habitants, l’ordre n’est plus le même. Pour 100 000 habitants, la région d’Agadez compte plus de victimes, suivie de Niamey.
Au-delà du drame humain, les accidents de la route pèsent lourdement sur l’économie.En Afrique de l’Ouest, les accidents de la route ont un coût humain mais aussi un coût économique énorme. Ils représentent l’équivalent de 3% de la richesse produite chaque année par les pays africains. Cet argent, qui se compte en dizaines de milliards d’euros, est perdu en soins médicaux, en baisse d’activité économique et plonge de nombreuses familles dans la pauvreté. Par exemple, le Niger y perd 237 milliards de FCFA par an, et le Sénégal, 900 milliards.
Ces pertes se répartissent entre les charges supportées par les systèmes médicaux d’urgence (prise en charge des blessés, coût élevé de traitement) et celui de la productivité (rétrécissement de la main d’œuvre), obligeant les familles à recourir à d’autres alternatives, sans compter l’augmentation de nombre d’handicapés, dont certains à vie.
Au niveau familial, les accidents de circulations peuvent être à l’origine de la perte d’emploi pour un chef de famille, ce qui pourrait plonger certains foyers dans la pauvreté et la précarité. L’impact financier des accidents routiers sur les familles, explique l’économiste « peut se traduire par une augmentation des emprunts financiers et de l’endettement, ce qui pourrait conduire à des contentieux avec les créanciers et l’effritement de la famille
Les accidents de la route constituent aussi une charge supplémentaire pour les entreprises. Selon l’économiste Mahamadou Oumarou, « ces pertes sont liées entre autres, au temps de travail perdu, les pertes de commandes et de production, le paiement par l’entreprise des frais médicaux d’urgence, des frais de réparation et d’entretien des véhicules, l’assurance, sans compter le temps que perde l’entreprise à attendre que son employé se remette de ses blessures ».
Le secteur éducatif est également frappé de plein fouet par les accidents routiers avec des abandons de scolarité pour des élèves et étudiants devenus handicapés et n’ayant plus la possibilité de poursuivre leur cursus scolaire. Au regard de l’ampleur des accidents que le pays enregistre chaque année avec son taux élevé des morts, des initiatives sont entreprises par l’Etat, soutenues par des associations et ONG locales pour y remédier.
Au rang des activités, les campagnes de sensibilisation de masse sur la sécurité routière que mène l’Agence Nigérienne de la Sécurité Routière (ANISER). S’y ajoutent la formation décentralisée des acteurs sur les conséquences de la surcharge, la vulgarisation du nouveau code de la route, mais aussi le contrôle de Police sur la consommation d’alcool et des stupéfiants par les conducteurs, etc.




















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