C’est choquant d’apprendre qu’un enfant meurt toutes les 17 secondes en Afrique de l’Ouest et centrale. Au Niger, où le taux de mortalité des moins de 5 ans est l’un des plus élevés de la région, l’allaitement maternel exclusif pourrait sauver des milliers de vies. Pourtant, ce bouclier sanitaire gratuit s’effrite dangereusement, victime de traditions, de contraintes sociales et d’un manque de soutien structurel.
Imaginez un vaccin gratuit, naturel, capable de réduire de 14 fois le risque de mortalité infantile. Un « premier vaccin » qui protégerait des millions de nourrissons contre la diarrhée, les infections respiratoires et la malnutrition. Ce vaccin existe : c’est l’Allaitement Maternel Exclusif (AME). Pourtant, au Niger, ce bouclier vital est en train de se fissurer, plongeant le pays dans une crise sanitaire silencieuse.
Une urgence régionale : un enfant meurt toutes les 17 secondes
En 2021, près de 5 millions d’enfants dans le monde sont morts avant leur cinquième anniversaire. Près de 40 % de ces décès soit environ 1,9 million d’enfants sont survenus en Afrique de l’Ouest et centrale. Dans cette région, un enfant meurt toutes les 17 secondes. Le Niger figure parmi les pays où la mortalité des moins de 5 ans est la plus alarmante : 115 décès pour 1 000 naissances, selon les données de l’UNICEF publiées en septembre 2023.
L’objectif mondial est pourtant clair : ramener ce taux à 25 pour 1 000 d’ici 2030. La tendance de la mortalité des enfants de moins de 5 ans de 1992 à 2021 bien que baissière, reste préoccupante. Selon le rapport national sur les objectifs du développement durable de 2024 au Niger, cette tendance «de 318 décès pour 1000 naissances vivantes en 1992, elle s’établit à 123 décès pour 1000 naissances vivantes en 2021 pour une cible de 69 décès pour mille naissances Vivantes en 2024 dans le programme de la Résilience pour la Sauvegarde de la patrie. »
Un défi colossal, auquel l’allaitement maternel exclusif pourrait répondre en partie.
Un « premier vaccin » scientifiquement prouvé
L’UNICEF estime qu’un tiers des décès des enfants de moins de 5 ans dans le monde est lié à la sous-nutrition. L’allaitement maternel constitue le premier rempart.
« Il a été prouvé scientifiquement que l’allaitement maternel exclusif pouvait réduire la mortalité infantile d’un taux allant jusqu’à 13 % », soulignait Dr Guido Cornale, ancien représentant de l’UNICEF au Niger. Au-delà de la survie, l’AME favorise la croissance, renforce l’immunité, crée un lien affectif solide entre la mère et l’enfant, et réduit les coûts de santé.
M. Siméon Nanama, conseiller régional en nutrition de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, rappelle aussi ses bienfaits pour les mères :« L’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois réduit les risques de cancer de l’utérus et du sein, favorise la récupération post-partum et contribue à l’espacement des naissances. »
Une chute inquiétante des taux d’allaitement exclusif
Malgré ces avantages avérés, la pratique régresse dangereusement. Si 3/4 des enfants nigériens sont allaités dans les deux premiers jours après la naissance, seulement moins d’un quart (21,8%) des nourrissons de 0 à 5 mois bénéficient d’un allaitement exclusif en 2022.
D’après les données (2019-2022) recueillies auprès de PNIN Niger, certaines régions comme Niamey et Tillabéri ont enregistré des effondrements spectaculaires, passant respectivement à 4,8 % et 8,8 % en 2022.Seule la région de Maradi maintient un taux relativement élevé (36,2 %), mais elle aussi enregistre un recul.
Pourquoi l’allaitement exclusif recule-t-il ?
La réponse se niche dans un mélange complexe de facteurs socio-culturels, économiques et structurels. Abdel Razak Bello, nutritionniste au cabinet Rodibel de Niamey, explique :« Les doyennes et belles-mères et grands-mères influencent négativement le choix des mères. Celles qui ont reçu des informations en consultation prénatale se retrouvent contraintes d’abandonner face aux traditions familiales. »
Ces traditions incluent l’administration précoce de décoctions de plantes, parfois mélangées à du bicarbonate de soude, censées « tonifier » le bébé ou « éviter la constipation ». Mme Ouwani Rabiou, 28 ans, mère de trois enfants, en témoigne :« Moi, je leur donne des décoctions de plantes. J’ai vu mes parents et mes grands-parents le faire. Ça protège les bébés. » Pourtant, elle reconnaît à voix basse que ses enfants « tombent régulièrement malades ».
Le manque de commodités pour allaiter sur les lieux de travail ou d’étude et la pression sociale et la méconnaissance des bienfaits de l’AME hypothéquent la pratique de l’AME.Mme Zara Moussa, 24 ans, étudiante et mère de deux enfants, avoue :« Je passe mes journées à l’université. C’est la nourrice qui s’occupe des enfants. Je ne peux pas pratiquer l’allaitement exclusif. »
Des voix qui résistent, pourtant, certaines mères persistent.
Mme Mariama Boubacar, 36 ans, mère de cinq enfants, allaite exclusivement son dernier né de 3 mois : « Dans toutes mes maternités, j’ai toujours donné le sein. Je n’ai jamais donné de substitut. Pour moi, c’était important de donner mon lait à mes enfants. »
Quelles solutions ? Une synergie d’actions
Pour Abdel Razak Bello, la réponse passe par une mobilisation collective :« Le taux peut nettement s’améliorer à condition qu’il y ait une synergie d’actions. La sensibilisation doit être systématique par les agents de santé, renforcée dans les médias au-delà de la Semaine mondiale de l’allaitement. Il faut aussi que les employeurs créent des commodités pour les mères qui travaillent. »
L’enjeu dépasse la santé infantile : il touche à l’économie, à l’égalité des genres, au développement cognitif et à la résilience des sociétés. Au Niger, promouvoir l’allaitement maternel exclusif n’est pas seulement un acte de santé publique. C’est un impératif de survie, une question de justice sociale et une démonstration d’intelligence collective.Redonner à ce « premier vaccin » la place qu’il mérite pourrait sauver des milliers d’enfants, renforcer les familles, et offrir au pays une base plus saine pour son avenir.
Ibrahima Oumarou Galadima




















![[Exclusif] Orano versus Niger, de la fiction à la réalité Ph : DR](https://levenementniger.com/wp-content/uploads/2025/02/ORANO-GROUP-218x150.jpg)

![[Partie 2] État du Sénégal – IB Bank Togo/Burkina Faso : blanchiment d’une dette cachée de 105 milliards FCFA en créance souveraine](https://levenementniger.com/wp-content/uploads/2025/10/1-1-218x150.jpg)















