Alors que les investissements dans les infrastructures sanitaires s’intensifient, une réalité brutale émerge des données de l’Annuaire Sanitaire 2024 : les régions les mieux équipées du pays, Niamey et Tahoua, affichent les taux de mortalité les plus élevés. Enquête sur un système où le béton semble avoir pris le pas sur l’humain.
L’histoire commence par un contraste qui défie la logique. Niamey, la capitale du Niger où 98% de la population a théoriquement accès à un centre de santé enregistre pourtant un des plus forts taux de mortalité. Un chiffre qui rivalise avec les standards internationaux. Tahoua, une des huit régions que compte le pays est moins bien lotie que Niamey, mais avec une couverture sanitaire honorable de 57%.
La suite devrait être un récit de réussite. Malheureusement, le chapitre qui suit, présentant des données issues de l’Annuaire Sanitaire 2024, est un véritable choc.
En 2024 en effet, ces deux régions ont enregistré le triste record national de décès dans leurs structures de santé : « 8 783 morts à Niamey » et « 7 024 à Tahoua ».
Le premier graphique que nous devrions voire est éloquent : une barre montrant la couverture sanitaire presque parfaite de Niamey et Tahoua, puis un autre graphique qui illustre le nombre de décès. L’écart entre Tahoua et les autres régions du Niger est tout aussi frappant.
La leçon à tirer est cruelle : « la simple présence d’une infrastructure ne garantit pas la survie », constate-t-on. Quant à la question centrale de notre histoire, elle se présente comme suit : « Pourquoi meurt-on plus là où l’on a le plus accès aux soins ? »
gz2 par Ismaël Abdoulaye NaoumaniL’illusion de l’investissement
Le récit se poursuit en examinant l’effort de l’État. L’intrigue semble bien partie.
Niamey est le cœur médical du Niger avec ses hôpitaux nationaux hauts standings, ses CHR et une multitude de cliniques privées. C’est la destination finale pour les cas les plus graves du pays en matière de soins de santé.
Tahoua, de son côté, dispose d’un réseau impressionnant de 951 Centres de Santé Intégrés (CSI) et de 20 hôpitaux de district, soutenus par un investissement de près de 13 milliards de FCFA.
Sur le papier, le filet de sécurité sanitaire semble solide. Les infrastructures sont là. L’argent a été dépensé. Mais les données de mortalité nous disent que cette partie de l’histoire est incomplète. L’investissement a construit des murs, mais a-t-il créé un système de soins adéquat ?
La vérité cachée
Ici, le data storytelling perce le cœur du mystère. La vérité ne se trouve pas dans les bâtiments, mais dans ce qui leur manque : les ressources humaines.
Les données révèlent une pénurie criante qui transforme les hôpitaux en coquilles vides.
À Tahoua, la situation est catastrophique. Pour ses 5 millions d’habitants et ses 951 CSI, la région ne dispose que de 1 956 agents soignants. Cela donne un ratio de 0,36 soignant pour 1000 habitants, un chiffre si bas qu’il rend impossible tout service de qualité.
Même Niamey, avec ses 3 342 professionnels de santé n’atteint qu’un ratio de 2,24 pour 1000, insuffisant pour faire face à son rôle de référence nationale.
Le prochain graphique est le plus révélateur : il affiche les ressources humaines de deux régions.
Gz3 par Ismaël Abdoulaye NaoumaniLes conséquences sont écrites dans les certificats de décès
Cette crise du personnel entraîne des conséquences directes et tragiques sur le terrain. À Tahoua, 28,5% des décès sont encore imputables au paludisme grave. À Niamey, plus de 32% des patients succombent à de simples douleurs abdominales. Plus inquiétant encore : dans la capitale, 65,68% des décès sont de cause inconnue.
La leçon de l’Annuaire Sanitaire 2024 est sans appel. Pour que les investissements sauvent des vies, le Niger doit opérer un virage à 180 degrés. L’heure n’est plus à la construction de nouveaux bâtiments, mais au recrutement du personnel soignant et à la formation.
La couverture sanitaire mesure l’accès théorique ; la mortalité dans les centres de santé mesure l’efficacité réelle. Et cette mesure est en alerte rouge.
Télécharger l’annuaire sanitaire 2024
Zara Boukar




















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