L’Afrique du Sud, souvent présentée comme la locomotive économique du continent, est régulièrement secouée par des vagues de violences xénophobes d’une brutalité alarmante. Les derniers événements qui se déroulent actuellement dans ce pays avec les meurtres impunis de ressortissants d’autres pays africains dans des manifestations xénophobes, rendent les autorités du pays et aussi celles du continent, complices, du fait de leur silence face à la barbarie.
Depuis plusieurs années, des ressortissants d’autres pays africains – principalement zimbabwéens, nigérians, mozambicains, somaliens ou congolais – sont pris pour cibles par des groupes de Sud-Africains. Les attaques se traduisent par des lynchages, des pillages de magasins, des incendies de domiciles et des expulsions forcées. Des scènes insoutenables circulent sur les réseaux sociaux : commerçants étrangers battus à mort, quartiers entiers mis à sac sous prétexte que « les étrangers volent les emplois et les ressources ».
Ces violences ne sont pas de simples incidents isolés. Elles révèlent un malaise profond au sein de la société sud-africaine post-apartheid. Le chômage massif (plus de 32 % officiellement), les inégalités criantes et la pauvreté persistante servent de carburant à une rhétorique populiste qui désigne l’étranger africain comme bouc émissaire. Des partis politiques et des leaders locaux n’hésitent pas à attiser ces tensions pour gagner en popularité, transformant la frustration légitime des citoyens en haine ethnique.
Ce qui rend cette situation particulièrement tragique, c’est qu’elle oppose des « frères et sœurs » africains. Les mêmes peuples qui ont combattu ensemble l’apartheid, qui ont accueilli les exilés sud-africains pendant la lutte anti-ségrégationniste, se retrouvent aujourd’hui divisés par la xénophobie. L’Afrique du Sud, qui a longtemps symbolisé l’espoir d’une renaissance africaine, bafoue aujourd’hui les idéaux de l’Union africaine et du panafricanisme. Comment un pays membre de la SADC et de l’UA peut-il tolérer que ses citoyens s’en prennent à d’autres Africains qui cherchent simplement à survivre ?
Cette xénophobie est une honte pour tout le continent. Elle sape les efforts d’intégration régionale, décourage les investissements intra-africains et ternit l’image d’une Afrique qui aspire à l’unité et au développement partagé. Pendant que les chefs d’État se réunissent pour signer des accords de libre-échange continental (ZLECAf), des compatriotes sont chassés comme des parias sur le sol sud-africain.
Il est urgent que les autorités sud-africaines assument leurs responsabilités : réprimer fermement les violences, promouvoir une éducation à la tolérance et mettre en place une politique migratoire claire et humaine. Les dirigeants africains doivent également élever la voix avec fermeté. Le silence complice face à ces atrocités fait d’eux tous des coupables. L’Afrique ne pourra se relever véritablement que si elle rejette avec force cette xénophobie fratricide qui la déshonore.




















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