Au Cameroun, les infrastructures pétrolières au cœur d’une rivalité de pouvoir

0
100

Dans le paysage énergétique camerounais, deux projets d’envergure se confrontent, révélant les lignes de fracture au sommet de l’État, rapporte Africa Intelligence. D’un côté, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) porte un ambitieux programme de raffinerie et de dépôts pétroliers, principalement autour du port de Kribi. De l’autre, des initiatives soutenues par la présidence de la République avancent en parallèle, alimentant les spéculations sur une concurrence interne qui pourrait mener à une surcapacité préoccupante.

Nathalie Moudiki, figure influente à la tête effective de la SNH, impulse la création d’installations modernes : une raffinerie d’environ 30 000 barils par jour et des capacités de stockage significatives via une entité comme CSTAR, en partenariat avec Tradex. Ces développements visent à renforcer l’autonomie énergétique du pays, à réduire la dépendance aux importations et à valoriser les ressources locales. Pourtant, ces chantiers interviennent dans un contexte de tensions internes récurrentes au sein de l’entreprise publique.

Face à cela, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, défend des alternatives qui incluent la réhabilitation de la SONARA, la seule raffinerie existante du pays. Ces démarches soulignent une divergence stratégique : tandis que la SNH mise sur de nouvelles infrastructures flambant neuves, la présidence semble privilégier la modernisation et la consolidation des actifs existants pour éviter les doublons coûteux.

Cette rivalité n’est pas seulement technique ou économique. Elle reflète les jeux d’influence au sein du pouvoir, où les questions pétrolières deviennent un terrain de manœuvres politiques. Avec des investissements de plusieurs millions de dollars en jeu, le risque d’une surcapacité en raffinage et stockage plane comme une ombre. Une telle redondance pourrait entraîner des gaspillages financiers, une concurrence déloyale entre acteurs publics et une gestion inefficiente des ressources.

Pour le Cameroun, dont l’économie reste largement tributaire des hydrocarbures, l’enjeu dépasse les querelles internes. Il s’agit d’orchestrer une transition cohérente vers une industrie pétrolière plus performante, tout en préservant la stabilité institutionnelle. Les autorités devront trancher entre ambitions concurrentes pour prioriser l’intérêt national : rationaliser les investissements, mutualiser les infrastructures et éviter que les rivalités de pouvoir ne compromettent l’avenir énergétique du pays. Dans ce bras de fer feutré, la transparence et une coordination accrue s’imposent comme des priorités urgentes.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here