Malnutrition Aiguë Sévère au Niger: la région de Zinder concentre le taux le plus élevé des cas

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Dans les centres de soins du Niger, la scène est quotidienne et poignante : des mères, assises sur les bancs, serrent contre elles leurs enfants chétifs en attente de consultation ou de traitement contre la Malnutrition Aiguë Sévère (MAS).La malnutrition aiguë sévère continue de faire des milliers de victimes parmi les enfants nigériens depuis de nombreuses années. En 2022, le Niger figurait déjà parmi les 10 pays du monde les plus touchés par la MAS chez les enfants de moins de 5 ans. Aujourd’hui, la majorité de ces enfants se trouve dans la région de Zinder, qui enregistre le taux le plus élevé du pays représentant plus d’un quart (26 ,5%) de tous les cas estimés de MAS 2025.

Le rapport du Cadre Harmonisé de juin 2025, outil d’analyse international pour évaluer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, révèle qu’environ 1,7 million d’enfants de moins de 5 ans sont susceptibles de souffrir de la malnutrition aiguë au Niger cette année-là. Parmi eux, 24,23 %, ce qui représente environ 412 400 cas estimés, sont classés dans la situation la plus critique, la MAS. C’est cette situation qui rend l’enfant très maigre, visage émacié, ventre ballonné, cheveux ternes, peau sèche, regard vide, apathique et faible. Ces 412 400 cas estimés pour 2025 marquent tout de même une légère baisse de 4,2 % par rapport aux 430 487 cas effectivement recensés durant la période 2022-2023.

Le choc de Zinder : La région la plus affectée

Parmi les régions nigériennes, Zinder, Maradi, Dosso, Tahoua et Tillabéry sont les plus touchées. L’analyse des données de 2025 révèle toutefois des évolutions régionales contrastées.La région de Zinder se positionne désormais comme la région la plus affectée avec 109 290 cas enregistrés en 2025. Cela représente 26,5% de tous les cas de MAS.À l’inverse, Maradi, qui était la région la plus touchée en 2023, se retrouve avec 11 119 cas comme le présente ce graphique.

 Les facteurs de l’inégalité régionale

Le « miracle » de Maradi s’expliquerait principalement par un taux de couverture des programmes nutritionnels nettement supérieur que dans d’autres régions. Cela démontre l’efficacité d’une prise en charge massive.

Taux de couverture sanitaire par EVENEMENT DATA

À l’inverse, l’aggravation de la situation à Zinder est le résultat d’un ensemble de facteurs complexes, notamment un faible taux de couverture sanitaire et nutritionnelle et des pratiques domestiques inadaptées entravant l’efficacité du traitement.

Une mère témoigne des difficultés rencontrées : « On compte le nombre de Plumpy’Nut avant de nous les donner, mais une fois à la maison, les autres enfants ne nous laissent pas. On est obligé de leur donner. » Ce témoignage met en lumière une difficulté critique : le détournement des Aliments Thérapeutiques Prêts à l’Emploi (ATPE) par les mères, contraintes de les partager au profit des autres enfants du foyer, réduisant ainsi la dose essentielle au traitement de l’enfant malade.

Les autres facteurs majeurs contribuant à cette malnutrition incluent l’accès limité à l’eau potable et aux installations sanitaires, la prévalence élevée des maladies infantiles (paludisme, diarrhée, infections respiratoires), une faible diversité alimentaire, un taux d’allaitement exclusif insuffisant, un déficit de couverture des programmes nutritionnels en raison de l’insécurité, et des pratiques d’hygiène insuffisantes, comme la défécation à l’air libre.

Les efforts de réponse et les besoins critiques

Face à cette crise persistante, l’État et ses partenaires humanitaires poursuivent leurs efforts pour renforcer la prise en charge.En 2024, l’État et ses partenaires ont distribué 188 000 cartons de Produits Prêts à l’Emploi (PPE), ce qui a permis de couvrir 54,07 % des besoins pour la prise en charge des cas de MAS. De son côté, l’ONG Action contre la Faim a pris en charge 13 796 cas dans ses zones d’intervention spécifiques.Pour l’année 2025, les données montrent une amélioration de la sécurisation des intrants : 236 000 cartons de PPE sont sécurisés, couvrant ainsi 66 % des besoins estimés (qui s’élèvent à 353 000 cas). Des efforts sont également en cours pour les laits thérapeutiques, essentiels pour la stabilisation des cas les plus critiques.

  Nécessité d’une intervention ciblée

Si la légère décrue au niveau national et le succès de Maradi sont encourageants, la crise de la malnutrition au Niger est loin d’être maîtrisée. L’augmentation des cas dans plusieurs  régions comme Zinder et la persistance des facteurs structurels (hygiène, maladies, insécurité) appellent à un renforcement ciblé et urgent des interventions. Il est essentiel d’élargir la couverture sanitaire, mais surtout de renforcer l’éducation nutritionnelle des mères pour garantir la bonne utilisation des traitements à domicile.

Abdoul Nasser Ibrahim