A Zinder : Des anciens maires impliqués dans une affaire de fraude foncière

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Une enquête judiciaire d’envergure menée par le Service Inter Régional de la Police Judiciaire (SIRPJ) de Zinder a révélé l’existence d’un vaste réseau de fraudes foncières ayant impliqué des élus locaux, des agents municipaux et des complices extérieurs. Cette affaire, qualifiée de « trouble inquiétant pour l’ordre public et la quiétude sociale » par le Procureur de la République, a été portée à la connaissance du Procureur Général près la Cour d’appel de Zinder via un rapport circonstancié.

L’enquête a été ouverte suite à des multiples plaintes visant le Sieur Adamou Harouna, un topographe sans cabinet officiel. Ce dernier était accusé de vendre des parcelles soit inexistantes, soit déjà attribuées à d’autres personnes. Interpellé, Harouna a reconnu les ventes, mais a immédiatement dénoncé un système bien plus large.

Il a cité des faits présumés « d’escroquerie, faux et usage de faux, stellionat, association de malfaiteurs, corruption et non-respect des normes en matière d’urbanisme », rejetant la responsabilité des falsifications sur « d’anciens maires et anciens agents municipaux ».

Au cœur du scandale : plus de 466 parcelles illégalement loties sur des sites, tels que Sud Kangna, Forêt classée et Dadin Kowa.

Des responsables locaux impliqués

Parmi les personnes mises en cause figurent Mahamadou Mamoudou, ancien chef du service domanial de Zinder. Ce dernier a pourtant porté plainte pour imitation de sa signature sur des actes de cession frauduleux, une accusation qui semble l’opposer à d’autres membres du réseau.

L’affaire vise également deux anciens maires de la ville, Dr Bachir Sabo et M. Abdoul Rahim Balarabe, dit « Babi ». Des soupçons de corruption entourent aussi des conseillers municipaux, suite à une motion de censure contre l’ancien maire Bachir Sabo.

Un préjudice colossal pour la collectivité

Les investigations de terrain, menées avec la division de l’urbanisme, ont révélé l’existence de plusieurs lotissements entiers créés sans autorisation. Pour tous ces sites, l’enquête a établi que « Mahamadou et autres prélevaient les quotes-parts de la mairie et les frais des actes de cession sans quittances », privant ainsi la commune de recettes essentielles.

Des ramifications étendues

Les révélations ne s’arrêtent pas là. Adamou Harouna a également pointé du doigt des complicités au sein des quartiers, accusant le chef de quartier de Kara-kara d’être impliqué dans des morcellements irréguliers. Il a affirmé que de faux actes, rédigés sur une machine à dactylographier volée à la mairie, avaient été retrouvés en possession de ce chef de quartier en 2017.

Face à l’ampleur des dégâts et au nombre important d’usagers lésés, source de fortes tensions sociales, le Procureur a annoncé qu’une copie des procès-verbaux « sera adressée au Gouverneur de la Région de Zinder » pour les aspects urbanistiques.

Cette affaire, qui ébranle durablement le paysage politique et administratif local, devrait prochainement conduire plusieurs anciennes personnalités à comparaître devant la justice.

Ismaël Abdoulaye