Vacances scolaires à Niamey : période de « débrouillardise » pour certains écoliers et d’oisiveté pour d’autres

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Destinée aux loisirs, repos et voyages, la période des vacances est vécue différemment par les élèves. Si certains enfants profitent pleinement de cette période pour se récréer, d’autres préfèrent mener des activités génératrices de revenus, notamment la vente ambulante de petits articles (mouchoirs de poche et pour véhicules, déodorant, bavettes et produits répulsifs contre les moustiques). C’est le cas d’Ibrahim Adamou, un jeune de 15 ans, élève en classe de 5ème au CEG 25 de Niamey qui propose ses articles au niveau du carrefour jouxtant la boulangerie Bab-Salam/Plateau.

« J’ai choisi de ne pas rester à la maison ou de passer tout mon temps à jouer au football et à errer dans la ville avec les amis ». Et pour cause ! L’objectif de ce jeune écolier est de bien préparer la prochaine rentrée scolaire. « Si je ne fais pas cette petite activité qui me rapporte un peu d’argent, je n’aurais pas tout ce dont j’ai besoin pour la rentrée. Mes parents n’ont pas assez de moyens pour satisfaire tous nos besoins, mes frères, mes sœurs et moi, car nous sommes nombreux dans la famille », se justifie-t-il.

Ils sont nombreux à Niamey, des jeunes écoliers comme Ibrahim, qui se sont lancés dans des activités génératrices de revenus en cette période des grandes vacances. Pratiquement tous visent le même objectif : « constituer de petites bourses à travers ces activités génératrices de revenus » pour préparer la rentrée des classes à venir. « Auparavant, deux de mes grands frères ont eu à exercer des activités pareilles. D’ailleurs, ce sont eux qui m’ont donné le petit fonds de démarrage », raconte Ibrahim avec beaucoup d’enthousiasme. 

Il n’y a pas que le commerce ambulant

Ce n’est pas seulement le commerce ambulant qui occupe les jeunes écoliers en cette période des vacances à Niamey. Bien d’autres activités sont pratiquées par ces jeunes et concernent autant les filles que les garçons. Hamissou Ali est élève en classe de 4ème au CEG Bagdad de Niamey. Contrairement à son ami de classe, Aboubacar Seyni qui accompagne son père dans son atelier d’installation d’équipements solaires, Hamissou a choisi le garage d’un proche parent pour exercer en tant qu’apprenti. « J’aimerais apprendre la mécanique mais aussi gagner un peu d’argent pour pouvoir préparer la rentrée scolaire à venir. Au garage, le chef me confie quelques petites tâches. J’aide aussi les autres garagistes dans leurs tâches et on m’envoie soit pour acheter ou amener une pièce en réparation. Bref, on fait beaucoup de choses au garage. Et chaque soir, en rentrant à la maison, le chef nous donne quelque chose. C’est lui qui nous assure aussi le déjeuner », confie-t-il.

Dans la plupart des cas, c’est dans le secteur des travaux manuels, comme la menuiserie, la plomberie et la maçonnerie, entre autres, que l’on retrouve pratiquement ces jeunes écoliers qui ont choisi de tourner le dos à l’oisiveté. D’autres s’adonnent à la vente des produits saisonniers, notamment la noix de palmier doum ou de l’eau fraîche en sachets. Ceux-là sont ceux qui n’ont pas suffisamment de ressources pour investir dans le commerce des mouchoirs, des gadgets et autres produits de parfumerie pour véhicules. 

A côté de ces jeunes garçons, on retrouve aussi des jeunes écolières qui excellent dans le petit commerce des fruits saisonniers. Nadira Issa fait partie de ces élèves qui ne veulent pas rester inactives pendant les vacances. En plus d’aider sa mère dans les tâches ménagères, elle entretient aussi son petit commerce. Elle fait du « pâté », des petits bonbons à base du lait concentré, communément appelé « tofu », de l’arachide grillée et des cacahouètes sucrées. « Je gagne bien dans ce petit commerce. J’ai déjà commencé à économiser de l’argent qui me permettra de payer beaucoup de choses avant la prochaine rentrée », raconte-t-elle avec joie.

Quel impact sur la scolarisation ?

A la question de savoir si les activités menées par les élèves pendant les vacances pourraient influencer leur comportement, Oumarou Ibrahim, conseiller pédagogique répond : « Il n’y a véritablement pas d’impact négatif sur la scolarisation de ces jeunes élèves qui se lancent dans des activités génératrices de revenus en cette période de vacances, surtout que ce sont des activités temporaires ».

Pour lui, c’est d’ailleurs une très bonne chose que ces élèves trouvent une occupation pendant les vacances notamment dans l’apprentissage des métiers comme la mécanique, la menuiserie et bien d’autres travaux manuels. « D’ailleurs, cet apprentissage leur servira plus tard dans la vie », estime l’enseignant.

Pour Mahamadou Aboubacar, propriétaire d’un service de reprographie et vente des consommables informatiques, « l’Etat doit réfléchir sur la manière d’occuper les élèves pendant les 3 mois de vacances, en créant par exemple des petits centres d’apprentissage de certains métiers. Cela aiderait beaucoup d’élèves à apprendre au moins un métier. Si l’enfant n’arrive pas à réussir à l’école, il a déjà un prérequis qui lui permettra de se débrouiller dans la vie, surtout que la majorité de ces élèves qui pratiquent une activité génératrice de revenus pendant les vacances sont des enfants issus des milieux défavorisés ».

Fatima Kadri, agent humanitaire, travaillant dans une Association de développement, craint pour les élèves filles qui font des petits commerces pendant les vacances, notamment celles qui parcourent la ville. « Ces filles sont exposées à des dangers, surtout les agressions ou violences sexuelles et les accidents de la circulation ». C’est pourquoi, elle appelle à la vigilance des parents, tout en les conseillant à ne pas laisser leurs enfants, toutes seules traîner dans la ville ou à fréquenter certains milieux à une certaine heure, pour vendre leurs marchandises.

Dans le principe, le Code de Travail interdit le travail des enfants, même en qualité d’apprentis jusqu’à l’âge de 12 à 13 ans. Mais cette disposition, au vu du contexte social nigérien, n’interpelle personne, car pour des nombreux parents, « cette règlementation n’a de sens que dans les pays occidentaux, ou ceux en pleine croissance économique », souligne Sani Ali, enseignant de son état. Chez nous, explique-t-il, « nous encourageons même ces jeunes qui refusent d’attendre que les parents leur fassent tout », ajoutant que pour les parents et la communauté, « c’est d’ailleurs un bon signe de voir son enfant développer ce genre d’initiative, de penser à être utile et à se débrouiller dans la vie ».

Toutefois, les parents doivent veiller sur le type d’activité que font leurs enfants. « Ils doivent veiller à ce qu’ils ne fassent pas des travaux pénibles ou qui sont susceptibles de les exposer à des risques d’accidents graves ».

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