
Dix-huit mois après la rupture unilatérale de l’accord de défense de 1976 par N’Djamena, les forces françaises sont de retour au Tchad. En novembre 2024, les autorités tchadiennes avaient dénoncé ce partenariat historique au nom de la souveraineté nationale, entraînant le départ des quelque 1 000 soldats français et la rétrocession de leurs dernières bases, dont celle d’Adji-Kosseï à N’Djamena, fin janvier 2025. Depuis avril 2026, un contingent limité est réapparu discrètement, centré sur la formation des forces tchadiennes, le partage de renseignement et un soutien aérien ponctuel, sans bases permanentes.
Cette évolution intervient alors que la France redéfinit sa posture en Afrique. Après les retraits forcés du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris a adopté une stratégie de « footprint » allégé : moins de troupes visibles, davantage de coopération sur demande et une présence plus flexible. Au Tchad, cela se traduirait par un détachement d’environ 600 hommes, loin des effectifs d’autrefois. Pour N’Djamena, confronté à Boko Haram et à l’État islamique dans le bassin du lac Tchad, ainsi qu’aux risques liés à la guerre au Soudan, les alternatives (Turquie, Émirats, Russie) se sont révélées insuffisantes. Ceci a donc poussé le président Mahamat Idriss Déby à se tourner à nouveau vers un allié historique.
Pour Paris, ce retour constitue une opportunité majeure. Le Tchad offre une position géographique clé pour projeter de l’influence en Afrique centrale et dans le Sahel, là où la France avait perdu presque tous ses points d’appui. En multipliant les partenariats discrets plutôt que les bases lourdes, Emmanuel Macron peut démontrer que la France s’adapte aux nouvelles réalités africaines : respect de la souveraineté affiché, multi-alignement et soutien ciblé. Cette réconciliation, même feutrée, permet de relancer un partenariat sécuritaire sans réveiller frontalement les critiques de « néocolonialisme ».
Macron, l’un des présidents français les plus contestés sur le continent, y trouve un gain politique non négligeable. Les expulsions successives et la montée des sentiments anti-français avaient gravement entamé l’image de la France sous Emmanuel Macron. Un retour réussi au Tchad, sur des bases renégociées, offre une preuve tangible de repositionnement stratégique et une petite victoire diplomatique dans une région où l’influence française semblait en déclin irréversible.























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