À partir du mardi 15 septembre 2026, le Niger ouvre officiellement la phase active d’enrôlement de masse pour le nouveau passeport biométrique de la Confédération des États du Sahel (AES). Cette annonce, faite par le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire dans un communiqué du 9 septembre, marque l’aboutissement d’un processus engagé après le départ définitif de la CEDEAO en janvier 2025 et l’adoption du document commun à Bamako en novembre 2025.
Le président Abdourahamane Tiani et le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine s’étaient déjà fait enrôler en juillet 2026, faisant du Niger le dernier des trois pays de l’AES (après le Burkina Faso et le Mali) à activer pleinement ce dispositif. Cinq catégories de passeports sont désormais prévues : ordinaire, de service, diplomatique, pour réfugiés et spécial Hadj. Les anciens passeports CEDEAO restent valables jusqu’à expiration, mais les formalités pour ces documents ont cessé le 10 septembre, avec fermeture temporaire des services de la Direction de la Surveillance du Territoire les 11 et 14 septembre.
Des tarifs revus à la hausse
Les tarifs s’établissent à 29 750 FCFA pour les mineurs et étudiants, et 45 000 FCFA pour les pèlerins du Hadj et les autres citoyens. Ces montants sont nettement plus élevés que les anciens tarifs CEDEAO (environ 23 950 FCFA pour les mineurs/étudiants et 35 850 FCFA pour les adultes). La production est assurée en partenariat avec la société libyenne Al Itissal Al Jadeed et son représentant local Hasdi.
Avec une population estimée entre 28,8 et 29,3 millions d’habitants en 2026, le Niger délivrait historiquement entre 40 000 et 60 000 passeports par an (près de 50 000 en 2022). Au Burkina Faso, selon l’Office national d’identification (ONI), plus de 102 000 passeports AES avaient déjà été délivrés en un an environ après le lancement, à un rythme de plus de 700 documents par jour. Si le Niger atteint un rythme comparable, plusieurs dizaines de milliers de documents pourraient être produits dans les douze premiers mois, facilitant la mobilité intra-AES et les pèlerinages.
Implications et perspectives
Les implications sont multiples. Sur le plan souverain, ce passeport symbolise la rupture avec la CEDEAO et renforce l’intégration documentaire et sécuritaire entre les trois États. Il s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique déjà amorcée avec la carte d’identité biométrique AES, déployée depuis mars-avril 2026. Les dispositifs de sécurité renforcés (biométrie, polycarbonate) visent à réduire la fraude documentaire, un enjeu majeur dans une région confrontée à des flux migratoires importants et à l’insécurité.
Cependant, le coût plus élevé peut freiner l’accès pour une population à faible revenu, tandis que la reconnaissance internationale du document AES reste à consolider hors de la confédération. Les projections à moyen terme dépendront de la capacité de production, de la couverture territoriale des centres d’enrôlement et de l’acceptation par les pays tiers. Si le déploiement réussit, il pourrait accélérer la libre circulation au sein de l’AES et servir de levier pour d’autres projets d’intégration (économie, défense, information). À l’inverse, des retards techniques ou des difficultés d’accès risqueraient de prolonger la coexistence des deux régimes documentaires et de freiner les ambitions confédérales. Le 15 septembre 2026 ouvre donc une page décisive pour la mobilité et l’identité des Nigériens dans le nouvel espace sahélien.























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