La campagne agropastorale 2026 semble démarrer sous de meilleurs auspices. En effet dans une communication en Conseil des ministres du 16 juillet 2026, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage a dressé un tableau globalement encourageant, en évoquant des pluies régulières, une progression des semis, un développement des cultures, une régénération des pâturages et une stabilité des prix des principales denrées. Des signaux positifs qui nourrissent l’espoir, sans pour autant dissiper les nombreuses incertitudes qui pèsent encore sur le monde rural.
Le ministre a indiqué que l’’État, avec l’appui de ses partenaires, a mis à la disposition des producteurs des semences améliorées, des engrais, des pesticides, des biopesticides, des fongicides et des aliments pour bétail. Cet effort traduit une volonté de soutenir la production agricole. Un défi persiste à ce niveau, à savoir l’accessibilité de ces intrants à tous les producteurs, notamment les plus modestes et ceux vivant dans les zones les plus enclavées ?
Les données présentées par le ministre montrent une évolution satisfaisante des cultures. Dans plusieurs départements du sud, le mil a atteint le stade de la montaison tandis que le riz est déjà à celui de l’étalage. Ces performances témoignent d’un bon démarrage de la saison. Elles concernent toutefois principalement la bande agricole méridionale. La situation dans d’autres régions, notamment celles davantage exposées à la faible pluviométrie ou aux contraintes sécuritaires, reste à suivre avec attention afin d’avoir une lecture véritablement nationale de la campagne.
La situation phytosanitaire est décrite comme globalement calme. Quelques foyers localisés de ravageurs ont été détectés et traités rapidement, selon le gouvernement. Cette vigilance devra être maintenue, car les invasions parasitaires peuvent évoluer rapidement au cours de la saison et compromettre les rendements si les capacités de surveillance et de réaction venaient à faiblir.
Un autre indicateur encourageant, est celui des prix moyens des principales denrées alimentaires qui sont restés relativement stables comparativement aux dix derniers jours. La « tia » (unité de mesure locale équivalant à 2,5 kg) se négocie entre 750 et 800 francs contre 1000 à plus à la même période de l’année dernière. Une stabilité bienvenue en pleine période de soudure. Elle devra cependant être consolidée, car l’évolution des marchés dépendra aussi des coûts du transport, de la disponibilité des intrants, de l’état des pistes rurales et de l’approvisionnement des marchés locaux.
Sur le front pastoral, le constat est plus nuancé. La régénération progressive du tapis herbacé et des espèces ligneuses constitue un signal favorable pour les éleveurs. Mais le ministre reconnaît que plusieurs zones pastorales demeurent préoccupantes. Cette situation appelle une attention particulière, tant pour préserver les moyens d’existence des pasteurs que pour prévenir les tensions liées à l’accès aux pâturages et aux points d’eau qui sont sources de conflits parfois meurtriers.
La principale préoccupation relative à la campagne en cours porte sur les aléas climatiques. Si les précipitations sont aujourd’hui favorables, l’expérience montre qu’une succession de longues séquences sèches, des pluies diluviennes ou des inondations peuvent rapidement inverser la tendance. Les ouvrages de retenue d’eau, les mares, les barrages, les systèmes d’irrigation et les dispositifs de drainage joueront un rôle déterminant dans la capacité des producteurs à faire face à ces chocs.
À ces défis s’ajoutent, dans certaines localités, les contraintes sécuritaires qui peuvent limiter l’accès des agriculteurs à leurs champs, perturber les mouvements de transhumance ou compliquer les interventions des services techniques. Même si cet aspect n’a pas été abordé dans la communication gouvernementale, il demeure un facteur susceptible d’influencer le déroulement de la campagne dans plusieurs zones du pays. Les GANE (Groupes Armés Non Etatiques) ont l’habitude de s’en prendre aux paysans qui cultivent leurs champs au point où ces derniers préfèrent rester à la maison pour préserver leurs vies.
Conscient de ces risques, le gouvernement annonce un programme d’actions anticipatoires contre les inondations, les séquences sèches, les pressions parasitaires et les maladies animales. Cette approche préventive marque une évolution importante, mais son efficacité dépendra de la rapidité de sa mise en œuvre, de la mobilisation des moyens nécessaires et de la coordination avec les collectivités, les services techniques et les partenaires.
La campagne agropastorale 2026 débute donc sur une note encourageante, mais elle est encore loin d’avoir livré son verdict. Les prochaines semaines seront décisives. Plus que les bonnes intentions ou les indicateurs de début de saison, ce sont les récoltes, la disponibilité des pâturages, les revenus des producteurs et la sécurité alimentaire des ménages qui permettront de juger du véritable succès de cette campagne.
M. Tahirou
Source : Communication du ministre de l’Agriculture et de l’Élevage présentée au Conseil des ministres du Niger du 16 juillet 2026.






















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