À quelques mois de la fin de son second et dernier mandat à la tête de la France, Emmanuel Macron s’apprête à faire ce qui pourrait bien être sa dernière grande tournée africaine, fin octobre-début novembre 2026. Selon Financial Afrik, le programme prévu passe par le Sénégal, la Côted’Ivoire et le Nigeria, avec une étape rapide au Bénin à l’invitation du président Romuald Wadagni. Ce déplacement se produit dans un contexte de profondes mutations géopolitiques sur le continent, où la France a vu son influence s’éroder de façon spectaculaire.
Depuis 2017, le président français a multiplié les discours sur un « partenariat renouvelé » et la fin de la Françafrique. Pourtant, ces dix années sont largement vues comme la plus sombre page de l’histoire diplomatique française en Afrique. Avec le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays de la région, les départs successifs des troupes étrangères ont marqué la fin d’une époque. Les forces militaires sahéliennes, unies au sein de l’Alliance des États du Sahel, ont mis les forces françaises à la porte, dans un climat fortement anti-français, alimenté par les accusations de néocolonialisme et les limites de la lutte antiterroriste.
Dans l’ancien pré-carré ouest-africain, le recul de Paris est particulièrement net. La France, autrefois dominante sur le plan politique, économique et militaire dans cette région, perd du terrain face à de nouveaux acteurs : la Russie par ses partenaires en matière de sécurité, la Chine dans le domaine commercial et infrastructurel, la Turquie et d’autres puissances émergentes. Les parts de marché françaises en Afrique ont nettement diminué, tandis que l’image de la France auprès des opinions publiques, surtout chez les jeunes, s’est fortement dégradée. Les tensions avec les pays du Sahel demeurent vives : rupture diplomatique dans certains cas, accusations mutuelles et quasi absence d’un dialogue structuré.
Au-delà des aspects politiques et diplomatiques, la perte d’influence de la France au Niger s’est traduite par la nationalisation de la SOMAIR, la plus ancienne mine d’uranium exploitée depuis plus de 50 ans ainsi que le retrait du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren détenu par ORANO, le géant français du nucléaire. La mine d’Imouraren recèle un potentiel de 200.000 tonnes de minerai et figure parmi les réserves d’uranium les plus importantes au monde.
C’est dans la sous-région ouest-africaine que se concentrent les enjeux les plus critiques. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont restés des partenaires traditionnels mais, même là, les relations se sont complexifiées. Le Nigeria, géant démographique et économique de langue anglaise, marque une tentative de diversification. Macron souhaite miser sur l’économie, les investissements et les partenariats « d’égal à égal », dans la continuité du sommet Africa Forward de Nairobi en mai 2026, où il avait annoncé plusieurs milliards d’euros d’engagement. Ces annonces n’ont toutefois pas suffi à faire oublier le sentiment de rejet ressenti dans l’ancien espace francophone.
Cette tournée revêt ainsi les allures d’une tentative de dernière chance. Le chef de l’État français, critiqué pour son style parfois jugé paternaliste ou maladroit, semble vouloir redresser la barre en se concentrant sur les grands marchés et les relations économiques, au lieu de la présence militaire. L’idée est de récupérer un peu d’influence avant de quitter l’Élysée en 2027. Mais le défi est immense : regagner la confiance d’une Afrique qui a multiplié ses options stratégiques et qui refuse désormais toute relation asymétrique.
Selon de nombreux observateurs, Emmanuel Macron a été, en dix ans, le président français le plus fragilisé sur le dossier africain. Les retraits militaires forcés, la montée des rancœurs et l’effacement progressif de Paris dans son ancien pré-carré pèsent lourdement sur la politique étrangère du Macron. Ce déplacement paraît donc moins un triomphe diplomatique qu’un ultime effort pour limiter les dégâts et tracer une nouvelle ligne de conduite























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