Accès à l’énergie : Déjà un mois de délestages à Niamey !

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Un mois après l’effondrement des pylônes assurant le transport de l’électricité du Nigeria vers le Niger, les coupures du courant continuent de perturber les activités économiques à Niamey, la capitale. Toutes les activités dépendant de l’électricité sont sérieusement impactées, notamment les usines et grandes surfaces ainsi que les petits métiers comme les couturiers, les poissonniers, soudeurs, coiffeurs et propriétaires de boutiques. Ils sont dépités car ils supportent des charges fixes tandis que leurs activités sont au ralenti. Cette situation remet aussi au centre du débat, une déclaration faite en juin 2025 par le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, selon laquelle le Niger qui dépendait auparavant à 70% du Nigeria, pour son approvisionnement en électricité, était désormais à «100 % autonome ».

La déclaration, faite sur un plateau de débat d’Afrique Quintessence Média, avait été présentée comme une évolution majeure de la situation énergétique du Niger. Plus d’un an après, la panne prolongée de l’interconnexion avec le Nigeria donne une autre valeur à cette affirmation.

En effet, les clients de la Zone Fleuve (Niamey, Dosso et Tillabéri), continuent de subir des délestages. La Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC) explique que les centrales thermiques et solaires nationales assurent la fourniture dans la limite de leurs capacités disponibles.

Un mois de travaux sur les lignes d’interconnexion

Les délestages tirent leur origine de plusieurs incidents sur le réseau d’interconnexion avec le Nigeria. Selon la NIGELEC, trois pylônes de la ligne 132 kV se sont effondrés le 26 août. La ligne a été rétablie le 16 septembre grâce à l’intervention des techniciens nigériens et de leurs partenaires nigérians. Mais un nouvel incident est intervenu entre-temps. Le 7 septembre, un pylône de la ligne 330 kV s’est, à son tour, effondré sur le tronçon Kainji-Birnin Kebbi, au Nigeria. La NIGELEC précise que ses équipes n’interviennent pas directement sur cette partie du réseau. Des équipes partenaires ont donc été mobilisées et des pylônes d’urgence déployés. Le délai initialement fixé à deux semaines pour le rétablissement de l’interconnexion a ainsi été prolongé en raison de ce nouvel effondrement. L’insécurité qui prévaut dans la zone concernée et des difficultés logistiques liées à l’acheminement du matériel ralentissent les travaux. En attendant le rétablissement complet, la NIGELEC dit maintenir ses équipes mobilisées 24 heures sur 24 et recourt à des délestages.

Cependant, le communiqué de la NIGELEC n’est pas rassurant tant il manque de clarté et ne fixe aucun délai pour le rétablissement de la fourniture électrique. Ce qui crée une déception au sein des usagers.

Les petits métiers paient le prix des délestages

Sur les marchés et dans les ateliers de Niamey, les conséquences sont directement perceptibles. Pour Binta, couturière à Niamey, la situation intervient alors que les préparatifs de la rentrée scolaire devraient normalement soutenir l’activité. Les commandes concernent notamment les uniformes scolaires, les pagnes, les dentelles ainsi que les vêtements pour enfants et femmes. « Cette année, il n’y a pas autant d’engouement. Les coupures de courant ont réduit l’activité. Nous avons pourtant des commandes pour les uniformes scolaires et les vêtements pour la rentrée. C’est difficile. Certains clients comprennent que nous travaillons avec des machines électriques, mais d’autres sont moins compréhensifs. Cela se ressent sur notre chiffre d’affaires et nos revenus », confia-t-elle.   

Au marché de Wadata, Hamidou, commerçant et couturier spécialisé dans les hijabs, fait le même constat. Les préparatifs de la rentrée ont commencé, mais les coupures réduisent la fréquentation et ralentissent son activité. « Il y a de l’engouement pour la rentrée et nous avons des commandes de hijabs. Mais les coupures font baisser nos recettes. Ce que nous gagnons part aussi dans le carburant pour faire fonctionner le groupe électrogène », explique-t-il. Son groupe électrogène consomme, selon lui, environ deux litres de carburant par heure. Une charge supplémentaire qui vient réduire la marge dégagée par son activité.

Dans les activités qui nécessitent une alimentation électrique continue, le groupe électrogène apparaît comme une solution de secours, mais son fonctionnement représente une dépense supplémentaire. Chez un poissonnier rencontré à Niamey, le recours au groupe est nécessaire pour maintenir les produits au frais. À chaque coupure, il met en marche un groupe électrogène fonctionnant au gasoil, dont la consommation est d’environ deux litres par heure. Poissons, viandes et poulets doivent rester suffisamment au frais pour éviter les pertes. « Même avec le groupe, les coupures nous fatiguent. Il faut acheter du carburant pour conserver nos produits », a-t-il déploré.

Pour ces petits commerçants, le problème ne se limite donc pas à l’absence de courant. Il se traduit aussi par des dépenses supplémentaires qui réduisent significativement les revenus tirés de l’activité. Dans les ateliers de soudure, les conséquences sont également visibles. Kazil, soudeur au quartier Aéroport, estime que les délestages compliquent l’exécution des commandes. « Avec les coupures, ce n’est pas facile. Je risque même de perdre une commande de fabrication des portes pour un client », témoigne-t-il. Les salons de coiffure, les ateliers de réparation et d’autres petits commerces sont, eux aussi, confrontés à la même difficulté : poursuivre leur activité malgré l’irrégularité de l’alimentation électrique.

Une autonomie qui permet d’être précisée

Au-delà des difficultés vécues par les usagers, la situation actuelle pose une question plus technique : que recouvre exactement l’affirmation d’une autonomie à 100 % annoncée par le ministre des Affaires étrangères ? Les données officielles disponibles, en juillet 2026, montrent que les capacités nationales de production ont progressé. Le Ministère de l’Énergie indiquait alors une capacité installée de 420 MW, dont 377 MW thermiques et 43 MWc solaires, pour une puissance effectivement disponible de 294 MW au niveau national. Mais la même source apporte une précision importante pour comprendre la situation de la Zone Fleuve qui représente environ 70 % de l’énergie consommée au Niger. Sa capacité d’approvisionnement était alors annoncée à 324,4 MW, dont 224,4 MW de production interne et 100 MW d’importation.

Les capacités nationales couvrent aujourd’hui une part importante de l’électricité consommée dans la Zone Fleuve, mais l’importation figurait encore dans le schéma d’approvisionnement présenté officiellement en juillet (224,4 MW de production interne, 100 MW d’importation). La question n’est donc pas de savoir si le Niger produit plus qu’avant, mais s’il peut, à tout moment, satisfaire seul sa demande sans l’interconnexion avec le Nigeria.

Cette dépendance technique s’accompagne d’engagements financiers continus. Au deuxième trimestre 2026, alors que le régulateur nigérian (NERC) affichait une facturation globale de 18,84 millions de dollars pour le Bénin, le Togo et le Niger, la NIGELEC a versé 1,65 million de dollars à l’Opérateur du Marché nigérian pour apurer ses dettes du premier trimestre, tout en maintenant son contrat bilatéral exclusif avec Mainstream Energy Solutions. Tant que ce lien technique et contractuel persiste, toute panne sur le réseau nigérian expose la Zone Fleuve à de lourds délestages.

Des capacités nationales en développement

Le Niger poursuit parallèlement le renforcement de son parc de production. Le Ministère de l’Énergie indiquait, en juillet 2026, que plusieurs projets devaient contribuer à augmenter la production nationale, notamment la centrale solaire de 20 MW du projet RANA, avec l’objectif annoncé de couvrir intégralement à terme la demande de la Zone Fleuve.

En août 2026, l’Etat a également signé avec Niger Electricity Power Production (NEPP) une convention pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 200 MWc équipée de batteries de stockage. Le projet est présenté par les autorités comme un moyen de renforcer durablement l’offre énergétique nationale et de réduire la dépendance aux importations d’électricité.

Pour les entreprises, l’enjeu dépasse les délestages

À Niamey, les témoignages recueillis montrent surtout une réalité simple : lorsque le courant manque, l’activité ne s’arrête pas toujours, mais elle devient plus coûteuse et plus difficile. Ce qui réduit naturellement la marge bénéficiaire. Une couturière peut perdre du temps sur une commande. Un soudeur peut observer un retard sur un ouvrage. Un commerçant doit acheter du carburant pour faire fonctionner son groupe. Un poissonnier doit dépenser davantage pour préserver ses produits périssables. Ces dépenses supplémentaires pèsent significativement sur les revenus des opérateurs économiques.

La crise actuelle pose ainsi deux questions essentielles : Quand est-ce que l’alimentation électrique de la Zone Fleuve pourra-t-elle être rétablie durablement ? Et à quel moment les capacités nationales permettront-elles au Niger de couvrir l’ensemble de ses besoins électriques sans dépendre d’une interconnexion extérieure ?

Balkissa Ibrahima

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