Uranium nigérien bloqué : la Roumanie tente de s’imposer face à Orano

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Depuis la fin de l’année 2025, un peu plus d’une tonne métrique de concentré d’uranium – le fameux « yellowcake » – dort sous le soleil de Niamey. Stockées à proximité du tarmac de l’aéroport international de la capitale, ces matières premières issues de la mine d’Arlit et produites par l’ex-Somaïr (filiale nigérienne d’Orano nationalisée en 2025) sont devenues le symbole du bras de fer opposant le Niger au géant français du nucléaire. Estimé entre 230 et 380 millions d’euros, ce stock attire toutefois d’autres acheteurs.

Selon une enquête exclusive Jeune Afrique/MDMG Sahel publiée le 7 août 20 26, le groupe roumain Nuclearelectrica s’est manifesté pour acheter environ 300 tonnes de ce concentré d’uranium, soit près d’un tiers de la marchandise disponible. Le 13 avril 20 26, son PDG, Cosmin Ghiță, a envoyé aux autorités nigériennes une lettre d’intérêt. Une semaine plus tard, le ministre des Mines, le colonel Abarchi Ousmane, y répondait favorablement, expliquant que Niamey souhaitait « diversifier ses partenaires » et évoquait la possibilité d’approvisionner le marché européen à partir du stock nigérien.

Une délégation roumaine s’est même rendue sur place à mi-mai et, le 14 mai, la filiale roumaine Feldioara Nuclearelectrica adressait à Niamey un courrier confirmant un « intérêt ferme et sans équivoque ». Nuclearelectrica a formellement démenti l’information selon laquelle un accord aurait été signé: « Aucun contrat n’a été conclu et aucun prix n’a été fixé », a indiqué l’entreprise semi- publique roumaine. Interrogée par Jeune Afrique, une source proche du dossier confie en revanche qu’il ne fait pas de doute que cette opération soit bouclée. …

Reste désormais un obstacle juridique majeur. En septembre 2025, une cour du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a tranché: le Niger ne peut en aucune manière vendre ni céder ce stock à des tiers tant qu’un règlement avec Orano n’aura pas été trouvé. Le groupe français, qui revendique des droits sur cette marchandise, se dit par ailleurs en droit d’engager des poursuites judiciaires contre qui de droit, et donc d’éventuels acheteurs. Des pistes russes (Rosatom) et iraniennes ont déjà échoué, renforçant les enjeux géopolitiques. Le transport reste cependant un autre grand défi : routes fermées ou coûteux pont aérien.

Pour le Niger, l’arrivée d’un nouvel acheteur européen pourrait lui permettre de décrocher une première symbolic dans son combat pour une plus grande souveraineté minière. Pour la Roumanie, importatrice à 100 % (Kazakhstan en tête) et actuellement engagée dans le prolongement de sa centrale nucléaire de Cernavodă, conclure un tel contrat lui permettrait de couvrir en partie ses besoins en uranium qui ne font qu’augmenter.

Ce dossier illustre la recomposition des circuits de l’uranium africain. Entre arbitrages internationaux et nouvelles alliances, la cargaison de Niamey pourrait bien redessiner une partie de la carte énergétique européenne.

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