Déguerpissement de l’emprise de l’aéroport Diori Hamani de Niamey : Promesse d’indemnisation et détresse des sinistrés

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Le déguerpissement des habitants qui occupent l’emprise de l’aéroport international Diori Hamani engagé depuis le 31 mai dernier, a suscité une vive controverse. Les autorités justifient cette opération par la nécessité de sécuriser une infrastructure stratégique après l’attaque terroriste de janvier 2026. Des centaines de familles touchées restent dans l’attente de réponses concrètes sur leur relogement et sur les indemnisations annoncées. Un décalage qui nourrit les inquiétudes et relance le débat sur l’équilibre entre impératif de sécurité et justice sociale.

Les bulldozers avancent sans relâche sur l’emprise déclarée d’utilité publique. Maisons, terrains clôturés et parcelles, viabilisées ou non, sont rasés. Une scène spectaculaire et pitoyable. Cette opération de démolition concerne officiellement 1 637 propriétaires recensés et on estime à environ 26 000 personnes qui pourraient être affectés directement ou indirectement par le déguerpissement de l’emprise de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey.

Sur le principe, peu d’observateurs contestent la nécessité de renforcer la sécurité d’un site considéré comme stratégique pour le pays. Du reste, les craintes des autorités se sont révélées fondées car une nouvelle attaque terroriste de grande envergure ciblant le même aéroport a été menée le 18 juin 2026. Pour preuve, une villa située aux abords de l’aéroport et faisant office de base logistique et opérationnelle des terroristes a été découverte par les services nigériens des renseignements. 

En revanche, la manière dont l’opération est conduite continue d’alimenter les critiques. Sous une chaleur accablante, de nombreuses familles regardent disparaître en quelques heures les investissements de toute une vie. « Nous comprenons les impératifs de sécurité, mais nous aurions souhaité davantage de dialogue et des garanties claires avant les démolitions », témoigne Aboul Kader, père de famille désormais sans logement ; surtout que cette opération de démolitions intervient en début de saison pluvieuse.

Aïchatou, veuve et mère de quatre enfants, s’interroge sur son avenir immédiat : « On nous parle d’indemnisation, mais avec la saison des pluies qui arrive, où allons-nous vivre ? »

Ces inquiétudes sont largement partagées par les personnes touchées par l’opération. Si certaines d’entre elles reconnaissent la légitimité de l’objectif poursuivi par l’État, nombreuses sont celles qui estiment que les conséquences humaines n’ont pas été suffisamment anticipées, notamment la précarisation des familles. L’opération pourrait aussi avoir des conséquences négatives sur de nombreux élèves qui vont passer les examens de fin d’année dans des conditions précaires. « Un enfant qui n’a pas un endroit pour dormir en sécurité, peut-il avoir la tranquillité d’esprit pour préparer et réussir son examen scolaire ? », se demande un quinquagénaire qui observe le spectacle désolant des bulldozers qui concassent des maisons.  

Outre les victimes, plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une démarche qui a écarté toute concertation avec les parties prenantes. Selon eux, la sécurisation de l’aéroport ne devrait pas se faire au détriment des garanties prévues au profit des citoyens affectés. Ils appellent notamment à une plus grande transparence sur les critères d’indemnisation, les modalités de relogement et le calendrier d’exécution des engagements annoncés par les autorités.

C’est dans ce contexte que Maître Tchernaka, avocat au Barreau de Niamey, représentant les personnes déguerpies, a tenu un point de presse le 13 juin 2026. Son message se voulait à la fois juridique et rassurant.

L’homme de loi a rappelé que le Président de la République a signé, le décret numéro 2026-275 du 15 mai 2026, déclarant la zone concernée d’utilité publique, ouvrant ainsi la voie à une procédure d’expropriation encadrée par la législation nationale. Selon lui, le débat ne porte donc pas sur le droit de l’État à exproprier dans l’intérêt général, mais sur le respect rigoureux des étapes prévues par la loi.

Il a souligné que toute procédure d’expropriation comporte une phase administrative et une phase judiciaire. Cette dernière implique notamment la désignation d’un juge chargé de veiller à la protection effective des droits des personnes concernées et à la régularité de la procédure.

L’avocat a également indiqué souhaiter être associé aux mécanismes de suivi du dossier afin de défendre les intérêts de ses clients et d’éviter d’éventuelles irrégularités. Tout en restant vigilant, il s’est montré relativement confiant quant au respect des engagements pris par les autorités.

Cet optimisme s’appuie notamment sur les déclarations faites le 3 juin 2026 par le ministre de la Justice et de droits de l’homme, Monsieur Alio Daouda. Celui-ci avait affirmé que toutes les personnes impactées et recensées seront indemnisées. Il avait, par la même occasion, annoncé que les familles dont les habitations sont détruites seront temporairement relogées par la SONUCI (Société Nigérienne d’Urbanisme et de Construction Immobilière). Des annonces accueillies avec espoir et prudence par les victimes.

Au-delà des déclarations officielles, plusieurs questions demeurent sans réponse. Toutes les personnes affectées sont-elles effectivement recensées ? La SONICU dispose-t-elle des logements clés en main pour reloger les 1637 propriétaires recensés ? Les mécanismes d’évaluation permettront-ils d’éviter les omissions et les contentieux ? Surtout, les compensations promises seront-elles disponibles dans des délais compatibles avec l’urgence sociale créée par les démolitions ? Ces interrogations sont légitimes au regard des besoins immédiats auxquels doivent faire face les familles concernées. Toujours est-il que la question financière alimente avec passion les débats.

Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, économiques et sociaux majeurs, certains observateurs s’interrogent sur la capacité de l’État à mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour honorer l’ensemble des engagements annoncés.

Au-delà du cas spécifique de l’aéroport de Niamey, cette opération met en évidence  un défi auquel sont confrontés de nombreux États, notamment comment concilier efficacement la protection des infrastructures stratégiques et le respect des droits des citoyens affectés par les décisions publiques ? Pour l’heure, les démolitions se poursuivent tandis que les victimes attendent des actes.

Entre les impératifs de sécurité nationale invoqués par les autorités et les attentes légitimes des populations concernées, l’équilibre reste fragile. Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer si les promesses d’indemnisation et de relogement se traduiront concrètement sur le terrain ou si le fossé entre les engagements officiels et la réalité sur le terrain continuera de se creuser.

Tahirou Mahamadou

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