Environnement : Qui possède les arbres du Niger ?

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À Dan Saga, village du département d’Aguié, dans la région de Maradi, des arbres poussent entre les épis de mil. Aucun décret, aucun projet, aucune institution ne les a plantés : ce sont les paysans eux-mêmes qui les ont fait répartir, en protégeant des souches coupées depuis des générations. Plus de deux cents visiteurs, chercheurs kényans, sénégalais, burkinabè, maliens, ghanéens, nigérians, viennent les voir chaque année. Reste à savoir à qui ils appartiennent.

Cette pratique s’appelle la Régénération naturelle assistée (RNA). Autour d’elle s’est construit un récit rodé : le « miracle sahélien », le « mur vert » érigé par les paysans seuls, sans attendre l’aide de personne. Depuis le milieu des années 1980, elle a permis de reverdir entre cinq et six millions d’hectares dans le centre-sud du Niger. Une transformation souvent présentée comme l’une des plus vastes d’origine paysanne au monde (voir rapport de référence Tropenbos International, 2023).

Un récit de réussite qui ne dit pas à qui revient la réussite. À qui appartiennent, concrètement, ces millions d’hectares d’arbres ? 

Une invention paysanne, une appropriation tardive

« Ce sont nos parents qui ont initié cela depuis 1984 », raconte Ali Neino, membre du comité villageois de Dan Saga. À des centaines de kilomètres de là, dans le département de Mirriah, (région de Zinder), Moussa Souleymane, du village de Gueza, tient un discours presque identique : « Nos grands-parents savaient comment faire la RNA, et c’est après que les projets et ONG sont venus renforcer leurs capacités ». Malam Youssouf, du village de Dan Arrori, va plus loin : « Depuis ma naissance, j’ai vu mes parents faire cette pratique ».

Trois témoignages, deux régions, une seule chronologie : la Régénération naturelle assistée (RNA) a précédé l’État. Le chercheur Tougiani Abasse, de l’Institut national de la recherche agronomique du Niger (INRAN), le confirme en entretien. À l’origine, un hasard : des cultivateurs partis tard aux champs, faute de temps pour tout débroussailler, avaient laissé des souches sur pied. Leurs récoltes se sont révélées meilleures que celles des voisins qui avaient tout rasé. L’observation s’est répétée, transmise, puis généralisée.

L’État et ses partenaires arrivent après. Le Fonds international de développement agricole (FIDA), via le projet PPILDA à Aguié, est venu structurer, former et financer une pratique qui existait déjà.Cette antériorité est au cœur de la question de la propriété : un État peut-il revendiquer la maîtrise d’une pratique qu’il n’a fait qu’accompagner, des décennies après sa naissance ?

Un décret, une propriété à moitié

Le 30 juillet 2020, le président Issoufou Mahamadou signe le décret n° 2020-602/PRN/ME/SU/DD, réglementant la pratique de la RNA au Niger. Le texte est présenté, dans le discours public, comme l’acte qui reconnaît enfin aux paysans la propriété de leurs arbres. Une fiche de politique climatique du Conseil national de l’environnement pour un développement durable (CNEDD) l’affirme sans détour : « les arbres plantés ou régénérés appartiennent désormais au producteur. »

Le texte du décret dit autre chose, de façon plus prudente. Son article 3 est explicite : les parcs agroforestiers « font partie intégrante du patrimoine commun de la Nation ». Ce qui est reconnu au paysan, ce n’est pas un titre de propriété, mais une « jouissance prioritaire » et un « droit exclusif d’exploitation du bois vert » (articles 3 et 7). Une nuance qu’aucun document de politique publique consulté ne formule avec cette précision, pas même la fiche officielle censée vulgariser le texte.

Autre nuance, plus concrète encore pour les paysans : ce droit d’exploitation reste, selon l’article 4 du décret, « sous réserve des mesures de protection de l’environnement ». Une réserve qui renvoie directement à un régime plus ancien, celui des espèces forestières protégées, fixé par le décret n° 2018-191/PRN/ME/DD du 16 mars 2018, pris en application de la loi n° 2004-040 du 8 juin 2004. Son annexe I liste onze essences de « classe A », protégées à l’échelle nationale parmi lesquelles figure justement le Gao (Faidherbia albida), espèce reine de la RNA. Ces espèces « ne peuvent être abattues, arrachées ou partiellement coupées » sans autorisation de l’administration en charge des forêts (article 64), même dans un champ privé, même si le paysan les a plantées lui-même.

Le Faidherbia albida le « Gao » en haoussa fait donc partie de ces espèces classées, confirme une fiche technique de la FAO. La même source précise qu’à Zinder, un Sultan avait imposé, bien avant toute loi écrite, une interdiction coutumière d’abattre cet arbre. Un fait que confirme aussi, indépendamment, le rapport Tropenbos International (2023), qui évoque une législation coutumière du Damagaram punissant l’abattage d’un Gao « sous peine de décapitation. »

Sur le terrain, ce régime de protection continue de s’appliquer, avec ou sans le décret. « Malgré que l’agriculteur ait eu le droit sur ses arbres, la coupe de l’arbre est soumise à une autorisation du service de l’environnement », affirme Ali Neino,  pourtant l’un des artisans du plaidoyer ayant conduit à l’adoption du décret. Il précise que cette contrainte préexistait au texte de 2020 : « la réglementation du Niger a classifié certaines catégories d’arbres qui ne sont pas à abattre, même s’ils sont dans ton champ, ou si tu les as personnellement plantés. »

Loin d’y voir une contrainte pesant sur la pratique, les paysans interrogés décrivent un fort attachement à ces espèces protégées. « Nous entretenons les jeunes pousses, parmi lesquelles se trouve le Gao », explique Moussa Souleymane à Gueza. Un constat qui rejoint les observations de Tropenbos International selon lesquelles les paysans du centre-sud « souhaitent souvent des densités élevées de Faidherbia albida », en raison de son impact sur la fertilité des sols et l’alimentation du bétail. Le droit d’usage limité coexiste, avec un choix paysan délibéré de protéger l’espèce.

Admirez la force de la visualisation des données en touchant les graphiques .

Trois couches de droit superposées

Le décret RNA de 2020 ne s’applique pas seul : il s’insère dans un empilement juridique préexistant. Cliquez chaque couche pour la détailler.

Base légale — 2004
Loi n° 2004-040 du 8 juin 2004
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Régime forestier national de base. Elle habilite l’administration à classer certaines essences comme protégées et fonde juridiquement les décrets d’application qui suivront, dont celui de 2018 sur les espèces classées.
Application — 16 mars 2018
Décret n° 2018-191/PRN/ME/DD
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Classe 11 essences « classe A », protégées à l’échelle nationale — dont le Gao (Faidherbia albida), espèce reine de la RNA. Article 64 : ces essences « ne peuvent être abattues, arrachées ou partiellement coupées » sans autorisation de l’administration en charge des forêts — même dans un champ privé, même plantées par le paysan lui-même.
Décret spécifique RNA — 30 juillet 2020
Décret n° 2020-602/PRN/ME/SU/DD
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Article 3 : les parcs agroforestiers « font partie intégrante du patrimoine commun de la Nation » — et accordent au paysan une « jouissance prioritaire » et un « droit exclusif d’exploitation du bois vert » (art. 3 et 7). Mais l’article 4 précise que ce droit reste « sous réserve des mesures de protection de l’environnement » — soit, concrètement, le régime de 2018 ci-dessous.

💡 Lisez la pile du bas vers le haut : chaque couche s’appuie sur celle qui la précède — et la restreint.

Résultat concret : pour un arbre protégé comme le Gao, le décret de 2020 n’accorde pas la propriété — la coupe reste soumise à l’autorisation du service de l’environnement, en vertu d’un régime antérieur de deux ans à la loi présentée comme fondatrice.
Légende : superposition des trois textes cités dans l’enquête, du plus général (2004) au plus spécifique (2020). Source : décrets n° 2020-602/PRN/ME/SU/DD et n° 2018-191/PRN/ME/DD, loi n° 2004-040 — enquête « Qui possède les arbres du Niger ? ».

Une loi à deux vitesses

Ce décret, censé s’appliquer « au Niger » sans distinction, a-t-il été porté à la connaissance de tous les paysans concernés ? À Dan Saga, la réponse est claire. Ali Neino a personnellement participé au travail de plaidoyer, mené à Dosso, avant que le texte ne soit soumis à l’Assemblée nationale. Le document a ensuite été imprimé et distribué en haoussa et en zarma dans les régions de Dosso, Tahoua et dans certaines localités de Maradi. « Je faisais même partie de ceux qui ont distribué ces documents », précise-t-il. À Dan Saga même, c’est le projet DOB Écologie, rattaché à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, qui a pris en charge la traduction du décret en langues locales.

Dans les villages de la région de Zinder interrogés pour cette enquête, aucun paysan n’a spontanément évoqué ce décret. Sollicité sur ce point précis, Ali Neino indique ne pas savoir si la campagne de vulgarisation à laquelle il a participé a également couvert la région de Zinder. Or Zinder, avec Maradi, constitue précisément le cœur historique et le plus densément documenté de la pratique de la RNA dans toute la littérature scientifique. C’est la région où le rapport Tropenbos situe les densités d’arbres les plus élevées et les cas d’étude les plus anciens.

Tougiani Abasse, chercheur à l’INRAN, reconnaît, à l’échelle nationale cette fois, que l’effort de popularisation du décret « n’a pas encore poussé très loin. » Un constat qui, mis en regard du cas de Dan Saga, où le texte a bien été porté sur le terrain par les paysans eux-mêmes, dessine une géographie à deux vitesses : un centre historique où l’État et les paysans ont coproduit la loi et une périphérie tout aussi active dans la pratique; mais laissée hors du cadre juridique qui prétend la régir.

L’État ne sait pas compter ses propres arbres

Cette asymétrie se retrouve, sous une forme différente, dans les statistiques officielles elles-mêmes. L’annuaire statistique du Ministère de l’Hydraulique, de l’Environnement et de l’Assainissement, publié en mars 2025, consacre un tableau   le 114ᵉ au nombre d’hectares « réalisés » de RNA, région par région, pour la période 2019-2023. Le total national s’élève à environ 664 000 hectares sur cinq ans. Un chiffre sans commune mesure avec les cinq à six millions d’hectares estimés par la littérature scientifique, via l’analyse d’images satellite haute résolution menée notamment par l’US Geological Survey.

Deux ordres de grandeur pour la RNA au Niger

Cliquez une barre — ou le bouton ci-dessous — pour afficher le rapport entre les deux chiffres.

Estimation scientifique par imagerie satellite (depuis le milieu des années 1980)
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Annuaire MHA/E (cumul 2019–2023, Tableau 114)
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Note éditoriale : cet écart n’est pas en soi une preuve d’erreur ou de fraude. Le premier chiffre est un stock cumulé sur quatre décennies d’adoption largement spontanée ; le second est un flux annuel d’interventions appuyées par l’État sur cinq ans seulement. Cette distinction n’est expliquée dans aucun document officiel consulté.

Légende : comparaison entre l’estimation scientifique par télédétection (littérature académique, notamment US Geological Survey) et l’indicateur administratif national. Source : Annuaire statistique MHA/E, mars 2025, Tableau 114 · Tropenbos International (2023).

Cet écart d’échelle n’est pas en soi une preuve de fraude ou d’erreur car les deux chiffres mesurent vraisemblablement des choses différentes. Cet écart mesure un stock cumulé, issu d’une adoption largement spontanée sur quatre décennies, contre un flux annuel d’interventions appuyées par l’État et ses partenaires. Mais cette distinction n’est expliquée nulle part. Le glossaire officiel de l’annuaire, qui prend soin de définir des notions voisines « agroforesterie », « terres dégradées traitées », « banquettes » ne définit à aucun moment ce que recouvre un « hectare réalisé de RNA. » L’indicateur central de la politique nationale de reverdissement du Niger n’est, dans le document même qui le publie au nom de l’État, jamais défini.

Autre anomalie, plus difficile à ignorer : les chiffres nationaux chutent de 240 147 hectares en 2022 à 65 619 hectares en 2023 soit une baisse de 73 % en un an. Puis se contractent à nouveau en 2024 : 27 059 ha sur le premier semestre, selon le premier Rapport biennal de Transparence du Niger (BTR1-Niger, CNEDD/CNSP, décembre 2024. Ce rapport ne signale pas le caractère partiel de ce chiffre. Cette double chute est confirmée, de façon quasi identique, par trois sources indépendantes : l’annuaire MHA/E, le rapport annuel 2023 de l’Initiative 3N, et le BTR1 lui-même sans qu’aucune d’elles n’explique la baisse.

Superficies de RNA déclarées par l’État, 2014–2024

Survolez une barre pour le détail. Cliquez le bouton pour afficher les variations d’une année sur l’autre.

21 938
2014 (référence) : 21 938 ha. Aucune interprétation officielle n’explique pourquoi cette année sert de point zéro dans le rapport NDC Tracking.
2014
(réf.)
92 992
2020 : 92 992 ha. Année de signature du décret RNA (30 juillet 2020).
2020
108 823
2021 : 108 823 ha.
2021
240 147
2022 : 240 147 ha — pic historique de la série. Porté notamment par un pic isolé et non expliqué dans la région de Dosso (113 078 ha).
2022
(pic)
65 619
2023 : 65 619 ha, soit -73% par rapport à 2022. Coïncide avec le coup d’État de juillet 2023 et la suspension de financements extérieurs.
2023
27 059
2024 (S1 uniquement — premier semestre) : 27 059 ha. Le BTR1 ne signale pas explicitement que ce chiffre est partiel.
2024
(S1)
partiel
Légende : trois sources indépendantes (Annuaire MHA/E, Initiative 3N, BTR1-Niger) confirment de façon quasi identique la double chute 2022→2023→2024, sans qu’aucune n’en explique la cause. Source : Annuaire statistique MHA/E (2025) · Initiative 3N, Rapport annuel 2023 · BTR1-Niger, CNEDD/CNSP (déc. 2024) · Rapport de suivi de la CDN (« NDC Tracking »), 2025.

Cet effondrement coïncide avec le coup d’État de juillet 2023 et les sanctions internationales qui ont suivi, une période marquée par la suspension de nombreux financements extérieurs. Ali Neino, à Dan Saga, en offre un écho de terrain : « Ces derniers temps, on n’a pas reçu d’aide de quelque projet ou ONG en matière de RNA. »

Zinder, région pourtant présentée dans la littérature scientifique comme l’un des foyers historiques les plus denses de la pratique, n’apparaît jamais en tête des statistiques officielles régionales sur la période et chute, comme le reste du pays, à seulement 8 629 hectares déclarés en 2023.

Le détail régional du tableau 114 fait aussi apparaître une anomalie inexpliquée : un pic isolé de 113 078 hectares dans la région de Dosso en 2022, soit environ huit fois la moyenne des autres années de la même région, et sans équivalent ailleurs dans le pays cette année-là.

Hectares de RNA « réalisés » par région, 2019–2023

Choisissez une année. Cliquez une région dans la légende pour l’atténuer ou la réafficher.

✅ Valeurs extraites du Tableau 114 de l’Annuaire statistique MHA/E (2019-2023, p.110).

Voir les données en tableau

Lecture : Niamey et Agadez non représentés (valeurs nulles ou quasi-nulles). En 2022, Dosso déclare 113 078 ha, soit 47 % du total national (240 147 ha) et plus de 7 fois la moyenne de ses quatre autres années (≈ 15 900 ha). Ce pic n’est expliqué par aucun document consulté. Échelle commune à toutes les années.

Source : Annuaire statistique MHA/E 2019-2023 (Tableau 114). Mise à jour : 13 octobre 2026. Crédit : Événement DATA

Le rapport de suivi de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) du Niger, publié en 2025, illustre à sa manière ce flou statistique : il affiche un indicateur de « progrès » de +403 % pour la RNA, un chiffre obtenu en comparant le creux de 2024 non pas au pic de 2022, mais à une valeur de référence remontant à 2014 (21 938 ha), nettement plus basse. Rapportée à cette référence ancienne, la même donnée qui traduit un effondrement de 89 % depuis 2022 se transforme, sur le papier, en success story.

La même donnée 2024, deux histoires opposées selon le point de comparaison

Cliquez pour changer le point de référence utilisé pour juger le chiffre 2024.

21 938
2014
(référence)
27 059
2024
(S1)
+403%
Le rapport de suivi de la CDN (NDC Tracking, 2025) affiche ce chiffre comme un indicateur de « progrès » — en comparant 2024 à une valeur de référence de 2014, nettement plus basse que le pic intermédiaire.
Légende : même donnée brute (27 059 ha au premier semestre 2024), deux récits opposés selon le point de comparaison choisi. Source : Rapport de suivi de la CDN (« NDC Tracking »), 2025, Tableau 54 (p.164).

Ce que révèle, en creux, cette enquête

Rien, dans ce dossier, ne remet en cause la réalité du succès agronomique de la RNA : les rendements accrus, la résilience climatique, les revenus tirés du bois et des produits non ligneux sont documentés depuis des décennies par une abondante littérature scientifique, et confirmés, sur le terrain, par les paysans eux-mêmes de Zinder comme de Maradi. Sur le terrain justement, Ali Neino décrit un usage concret et genré de la ressource : les femmes de Dan Saga transforment les produits non ligneux issus de la RNA comme l’Adoua en huile, le Kalgo en son pour le bétail. Ces activités leur génèrent des revenus permettant de financer des cérémonies de mariages ou de baptêmes, des achats d’animaux et vêtements, tandis que la disponibilité du bois de chauffe dans les champs leur épargne un temps de collecte autrefois nécessaire. La pratique n’est pas sans tension : Ali Neino signale que les éleveurs montent parfois sur les arbres pour couper des branches destinées à l’alimentation du bétail, une source de friction avec les agriculteurs que le comité villageois s’efforce de contenir plutôt que de réprimer.

C’est un décalage persistant entre le discours officiel et un décret présenté comme fondateur, une politique nationale chiffrée en centaines de milliers d’hectares, un appareil statistique qui prétend suivre l’évolution du couvert arboré et une réalité plus fragmentée. Un texte réglementaire qui n’accorde qu’un droit d’usage partiel, une vulgarisation limitée à quelques régions, un régime de protection des espèces qui préexiste largement au décret censé « libérer » les arbres, et des statistiques nationales qui, faute d’être définies, ne peuvent ni confirmer ni infirmer l’ampleur réelle de ce que l’État affirme piloter.

Les arbres du Niger ont un propriétaire, les paysans qui, depuis quarante ans, les protègent, souche après souche, sans attendre d’autorisation. La question de savoir si l’État peut légitimement en revendiquer la gouvernance, lui, reste ouverte.

Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID)  

Abdoulaye Naoumani Ismaïl 

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