Dasa, le gisement stratégique qui rapproche le Niger et les Etats-Unis

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En septembre 2026, la International Development Finance Corporation (DFC), l’agence américaine de financement du développement, a approuvé un prêt pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet d’uranium Dasa, développé par la société canadienne Global Atomic dans la région d’Agadez, au nord du Niger. Selon un article de Reuters publié le 17 septembre 2026, cette décision constitue un signal fort de Washington, deux ans après le retrait complet de ses troupes militaires ordonné par la junte issue du coup d’État de juillet 2023. D’après le communiqué officiel de Global Atomic, le financement se compose d’un prêt à terme de 397,4 millions de dollars et d’une facilité de dépassement de coûts de 16,8 millions de dollars.

Le projet Dasa, situé à environ 105 kilomètres au sud de la ville minière d’Arlit dans le bassin de Tim Mersoï, est décrit par Global Atomic comme le gisement d’uranium à plus haute teneur d’Afrique. Selon l’étude de faisabilité actualisée de la société, les réserves probables s’élèvent à 73 millions de livres d’U₃O₈ contenues dans 8 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 4 113 parties par million. Le plan de mine prévoit une production totale de 68,1 millions de livres d’U₃O₈ sur une durée de vie d’environ 23 ans, à un rythme de 1 000 tonnes par jour. La mise en production commerciale est désormais ciblée pour le second semestre 2028. La société SOMIDA, qui exploite le projet, est détenue à 80 % par Global Atomic et à 20 % par l’État nigérien.

Un rapprochement commercial mais surtout stratégique

Pour les États-Unis, l’intérêt est double. D’une part, l’uranium a été inscrit sur la liste des minerais critiques américains en 2025, et Washington cherche à réduire sa dépendance aux sources russes, après avoir restreint les importations d’uranium russe dès 2024. D’autre part, ce financement permet de renouer des liens économiques avec Niamey, alors que les militaires au pouvoir ont multiplié les gestes en direction de Moscou et ont nationalisé plusieurs actifs français. Selon l’agence Reuters et plusieurs analyses sectorielles, les responsables américains voient dans Dasa une opportunité de sécuriser un approvisionnement stratégique qui aurait pu autrement basculer sous influence de puissances rivales.

Global Atomic a déjà signé des contrats d’achat portant sur 8,8 millions de livres d’uranium sur les sept premières années de production, soit environ 11 % du plan de mine actuel, dont la quasi-totalité est destinée à des compagnies d’électricité américaines. Le PDG de la société, Stephen Roman, a qualifié l’approbation de la DFC de « jalon important » dans un communiqué publié en septembre 2026.

Des risques persistants

Pourtant, les risques restent considérables. Le Niger est un pays enclavé confronté à des problèmes de sécurité dans le Sahel. Les routes d’exportation traditionnelles vers les ports de la côte ouest-africaine sont devenues plus difficiles, obligeant Global Atomic à étudier des itinéraires alternatifs. Sur le plan politique, l’exemple récent de la mine Somaïr est éloquent : en 2025, les autorités militaires ont saisi les actifs de la société française Orano, qui détenait 63 % de l’opération, avant d’attribuer le permis à une nouvelle entreprise publique en août 2026. Orano conteste cette décision devant plusieurs tribunaux d’arbitrage. Comme le souligne World Politics Review dans son analyse du 27 octobre 2026, un accord commercial n’a de valeur que si les institutions et les décisions politiques le garantissent dans la durée.

Le financement de la DFC demeure conditionnel. Selon les précisions de Global Atomic et des sources financières, le déblocage des fonds dépend de plusieurs conditions : l’identification d’une voie d’exportation viable pour le concentré d’uranium, la prolongation des conventions minières et des permis à des conditions acceptables, la conclusion d’un accord direct avec le gouvernement nigérien, ainsi que des assurances de remboursement. Les documents de prêt pourraient être signés en novembre 2026, avec un premier décaissement envisageable dès avril 2027.

Vers un soulagement économique pour Niamey

Les coûts du projet ont par ailleurs fortement augmenté. Selon les dernières estimations de Global Atomic publiées en septembre 2026, le coût total en capital atteint désormais 777,2 millions de dollars, contre 375,6 millions dans l’étude de faisabilité de 2024. La société a déjà investi plus de 228 millions de dollars et doit encore mobiliser environ 153 millions de dollars en fonds propres avant de pouvoir tirer pleinement le prêt de la DFC.

Si le projet aboutit, il pourrait générer des centaines d’emplois directs et indirects, contribuer aux recettes de l’État nigérien et offrir à Washington un point d’ancrage économique dans un pays stratégique. Mais sans amélioration durable de la sécurité et sans une gouvernance plus prévisible, ce pari américain sur l’uranium du Niger risque de se transformer en investissement à haut coût. Dans un Sahel marqué par l’instabilité, les minerais critiques ne se conquièrent pas uniquement par des prêts : ils exigent un environnement politique et sécuritaire stable.

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