Campagne agropastorale 2026 : cultures et élevage à l’épreuve des pauses sèches

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Les effets des déficits pluviométriques et des longues pauses sèches ont profondément marqué la campagne agropastorale 2026 au Niger. Dans plusieurs régions, les pluies irrégulières ont perturbé les semis, compromis des jeunes plants, réduit les rendements attendus et fragilisé les pâturages. Mais derrière ce constat général, les situations restent très contrastées. Certaines zones ont bénéficié de reprises tardives, tandis que d’autres ont cumulé retard d’installation, pertes de cultures, stress hydrique et pression sur le cheptel.

A N’Gonga, dans la région de Dosso, Abdoul Wahid Issoufou a dû reprendre ses semis à plusieurs reprises. Après les premières pluies, des pauses sèches d’une à trois semaines ont touché les parcelles, particulièrement les sols les plus pauvres. « Nous avons ressemé jusqu’à deux fois », explique l’agriculteur, qui s’attend à une baisse de sa production par rapport à l’année précédente. Son cas illustre une difficulté relevée dans plusieurs zones du pays au cours de la campagne 2026. Ce ne sont pas seulement les quantités de pluie qui comptent, mais aussi leur répartition dans le temps. A la date du 15 août 2026, 73,5 % des stations pluviométriques suivies par le Programme alimentaire mondial (PAM) présentaient des déficits. Le bulletin de cette institution fait état de longues séquences sèches et d’une situation agricole et pastorale inégale selon les zones.

Dosso reste l’un des meilleurs exemples pour illustrer la manière dont une pause sèche peut peser directement sur l’agriculture. Le témoignage d’Abdoul Wahid Issoufou de N’Gonga montre qu’un producteur peut être contraint de reprendre les semis plusieurs fois sans garantie de réussite. Les interruptions de pluie d’une à trois semaines ont perturbé les semis sur des sols pauvres, là où la réserve hydrique s’épuise rapidement. Dans ce type de situation, la culture ne souffre pas seulement d’un déficit d’eau, mais aussi d’un décalage entre le cycle de la plante et la reprise des précipitations.

Cette réalité rejoint les données météorologiques. Les stations de Dosso présentaient en août un déficit par rapport à la normale de la période 1991-2020. Autrement dit, le terrain et les chiffres racontent la même histoire. Celle d’une campagne qui a démarré mais qui a ensuite été freinée par des interruptions trop longues, entravant un développement régulier des plants.

Des cultures fragilisées par les interruptions des pluies 

Le bulletin décadaire du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage fait état, à la première décade d’août, de 13 578 villages agricoles ayant effectué leurs semis sur les 14 013 suivis, soit 97 % contre 99 % à la même période en 2025. Ce niveau national en apparence satisfaisant, masque toutefois des disparités importantes entre départements et communes. Les longues pauses pluviométriques ont notamment provoqué des avortements de semis de mil dans certaines localités.

Diffa est l’un des territoires les plus touchés. Au 10 août 2026, seuls 749 villages sur les 1 024 suivis avaient semé, soit 73 %, un niveau nettement inférieur à la moyenne nationale. A Bosso, 10 villages sur 87 avaient réalisé leurs semis ; à N’Guigmi, 43 sur 112 ; à Mainé-Soroa, 209 sur 286. Le bulletin attribuait ce retard à l’installation tardive et à l’irrégularité des précipitations. Les épisodes secs y ont été particulièrement longs. A Kabléwa, un déficit hydrique de plus de 28 jours avait été relevé, contre 17 jours à N’Guigmi. Le département de Mainé-Soroa était également confronté à la sécheresse et à des pertes de semis.

Dans la région de Tahoua, la situation agricole apparaissait également contrastée. Le suivi régional signalait des poches de sécheresse, notamment dans les départements de Tassara et de Tchintabaraden. Dans le même temps, la campagne avait atteint un niveau de semis de 100 % selon les données du ministère au 10 août 2026, et le mil avait déjà atteint le stade de grenaison dans le département de Konni. Ces disparités montrent pourquoi une lecture uniquement nationale de la campagne peut être trompeuse.

La région de Tillabéry offre un autre visage de la campagne. Le taux de couverture des semis atteignait 95% au 10 août au niveau régional, ce qui peut donner l’impression d’une situation relativement maitrisée. Une séquence sèche de dix à quinze jours avait été observée dans les parties Est, Sud-Ouest et Sud de la commune d’Abala. Elle affectait notamment le mil, le sorgho et le niébé à différents stades de développement, de la levée avancée à la ponte. Tillabéry rappelle ainsi qu’un bon cumul global peut coexister avec des poches de déficits très localisées, capables de fragiliser une partie de la production. Dans certaines zones, les cultures ont poursuivi leur développement, alors que dans d’autres, les producteurs ont dû ressemer ou ont perdu une partie de leurs plants.

Dans la région de Zinder, les témoignages recueillis décrivent des pertes parfois beaucoup plus graves. Bassirou Oga Dan Azumi, agriculteur, décrit une saison qui avait bien démarré avant qu’une longue interruption des pluies ne vienne en casser l’élan. Dans plusieurs localités, dit-il, les champs seraient restés plusieurs semaines sans précipitations, provoquant le dessèchement des semis et de la végétation.

La situation n’a toutefois pas été uniforme. Dans certaines zones, la reprise tardive des pluies a permis au mil d’atteindre sa maturité, parfois avec des rendements jugés supérieurs à ceux de l’année précédente. Mais dans d’autres secteurs, les récoltes ont nettement baissé ou sont perdues. Les premiers semis de maïs ont séché et les seconds risquent de ne pas arriver à maturité. Plusieurs producteurs ont alors mis leurs espoirs dans le niébé, dont le cycle plus court peut parfois offrir une issue de secours lorsque les pluies se raréfient en fin de saison.

Abba Dogo, autre producteur de Zinder, donne une estimation encore plus alarmante. Il affirme que près de 80% des cultures de certaines zones auraient été affectées par les pauses sèches et le manque d’eau. Selon lui, un producteur qui récoltait habituellement une centaine de sacs pourrait en obtenir une dizaine et au meilleur des cas une trentaine.

Les pâturages sous pression :

Le manque de pluie n’affecte pas que les cultures. Au mois d’août, le suivi du PAM distinguait deux grandes dynamiques pastorales. Le PAM notait qu’un maintien des déficits pourrait nuire à l’état physique du bétail. Dans le nord du Niger, le manque de pâturages et les difficultés d’accès à l’eau mettent en difficulté les moyens de subsistance de plusieurs communautés pastorales.

A Aderbissanat et dans le secteur d’Iférouane (région d’Agadez), des représentants d’éleveurs signalent une décroissance des pâturages, des ventes anticipées d’animaux et des difficultés d’accès à l’eau. « Cette année, il y a déjà pénurie de fourrage pour le bétail et cela le dévalorise », témoigne Djabiri Doula, depuis Aderbissanat. Selon lui, faute de pâturages suffisants, des éleveurs ont commencé à vendre leurs animaux. Il évoque également les difficultés d’accès au marché nigérian et affirme que les acheteurs algériens recherchent principalement des moutons et des bovins en bon état corporel, alors que plusieurs animaux seraient amaigris. 

Cette situation préoccupe aussi Elhadj Ahmed Ibiliki, représentant du chef de groupement Touareg Kel Iférouane. Il explique que de nombreuses familles dépendent essentiellement de l’élevage et se retrouvent contraintes de vendre des animaux pour faire face à leurs besoins. Il demande une aide urgente en aliments pour bétail afin de permettre aux troupeaux de tenir jusqu’à l’amélioration des conditions pastorales.

Pour Boubacar Moussa, président du Bureau national du Collectif des Associations Pastorales du Niger (CAPAN), la mauvaise répartition des pluies et les longues pauses sèches peuvent entraîner une perte précoce de poids des animaux, une baisse de la production laitière et une plus grande vulnérabilité aux maladies. Il évoque aussi des déplacements plus précoces et plus coûteux des troupeaux, dans un contexte où les zones d’accueil sont elles-mêmes parfois sous tension.

Selon lui, les zones les plus touchées comprennent les départements d’Abalak et de Tchintabaraden, dans la région de Tahoua. Les aliments complémentaires étaient disponibles sur les marchés, mais leurs prix changent selon les zones, les rendant peu accessibles aux petits éleveurs.  Il cite également des zones de la région de Diffa où les contraintes sécuritaires limitent l’accès aux ressources. Quant à Maradi, toujours selon lui, la région n’était ni uniformément déficitaire ni totalement épargnée. Dans les zones pastorales de Bermo et Gadabedji, le couvert herbacé s’était installé tardivement et de manière irrégulière. Le pâturage restait partiel par endroits et l’état du bétail variait de passable à mauvais selon les localités. La reprise des pluies a cependant permis une amélioration de la végétation dans certaines vallées et le remplissage de quelques mares.

Abba Dogo, producteur à Zinder, rapporte pour sa part, l’assèchement de plusieurs points d’eau et bassins qui, selon lui, tiennent habituellement jusqu’à la fin de la saison sèche. Il décrit également le dessèchement des herbacées utilisées pour l’alimentation du bétail.

Il faut dire que le déficit fourrager n’a pas permis cette année, à de nombreux éleveurs de participer à la Curée Salée, la fête annuelle qui se tient chaque année dans la zone d’Ingall (région d’Agadez). Certains éleveurs expliquent leur absence de cet évènement qui s’est tenu en début d’octobre 2026, par l’indisponibilité des pâturages sur plusieurs portions du trajet qui mène à Ingall.

Une campagne encore ouverte :

Ce que l’on constate au milieu du mois d’août n’est pas un bilan définitif. Les bulletins consultés soulignent d’ailleurs le caractère évolutif de la campagne : la reprise des précipitations régulières pourrait encore réduire les déficits et améliorer les perspectives agricoles et pastorales. D’ailleurs, les prévisions saisonnières prévoyaient une saison globalement normale avec tendance excédentaire, tout en notant des séquences sèches longues à moyennes en début et fin de saison. Lors d’un point de presse tenu le 14 septembre 2026, la Direction de la météorologie nationale a fait savoir que le retrait du front intertropical était déjà amorcé, marquant quasiment la fin de la saison des pluies dans les zones les plus septentrionales, notamment l’Aïr et le Nord Kawar. Parallèlement, les activités pluvio-orageuses se poursuivaient encore dans la bande Sud, mais avec une intensité globalement faible et une répartition inégale des pluies, ponctuée de pauses pluviométriques dans plusieurs localités. Pour la suite du mois, la météorologie nationale prévoyait encore quelques épisodes orageux dans la bande agricole, avec des cumuls localement supérieurs à 25 mm, avant une baisse progressive de la pluviométrie sur la bande sahélienne en troisième décade.

On peut noter que les pluies ont repris dans plusieurs localités du Niger entre fin septembre et début octobre, après une campagne marquée par de longues pauses sèches. Mais leurs effets réels sur les cultures et les pâturages reste encore à mesurer. Dans certaines zones, elles peuvent favoriser la maturation de cultures à cycle court et améliorer temporairement l’état des pâturages, tandis que dans d’autres, elles arrivent trop tard pour compenser les pertes déjà subies.

Balkissa Ibrahima

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