A Zinder, une radio ouvre les portes de l’avenir aux jeunes

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« En dehors de notre radio, aucun autre média à Zinder, toutes catégories confondues, n’a expérimenté ce genre de programme. Nous sommes les pionniers ». Le constat est signé Ismaël Malam Moussa, rédacteur en chef adjoint de la radio Alternative Zinder et responsable adjoint du programme de stage de ladite chaîne. En trois ans, sans financement extérieur, la radio a formé 70 jeunes en journalisme. Vingt d’entre eux sont des femmes, dans une ville où les rédactions comptent peu de jeunes journalistes femmes. Cinq stagiaires continuent à exercer au sein de la radio et d’autres ont rejoint la télévision, la presse écrite, une organisation internationale ou des projets de développement, selon le bilan dressé par les responsables du programme. Le slogan de Alternative FM : « la radio qui ouvre les portes de l’avenir ».

Le programme suit un processus structuré à travers un appel à candidatures, le dépouillement des dossiers, les entretiens, puis les séances de formation, avant un rythme qui fixe deux jours de travail pour deux jours de repos.

Sa particularité tient à une conviction assumée par ses responsables. « Le journalisme, c’est de l’art, c’est une conviction et une passion », résume Ismaël Malam Moussa. C’est pourquoi, la radio accepte, selon lui, tous les diplômés, considérant que tous les candidats n’ont pas eu la chance d’étudier le journalisme à l’université ou dans une grande école. 

Le résultat est concret. Tous les diplômes sont acceptés et la formation au métier se fait entièrement avant et pendant le stage. Plus de la moitié des 70 stagiaires formés depuis 2023, selon les chiffres communiqués par la radio, viennent de filières extérieures au journalisme et à la communication.

Le programme répond aussi à un déséquilibre observé dans le paysage médiatique local. « C’est un domaine moins fréquenté par les femmes à Zinder. Faites un petit sondage et vous verrez qu’il y a peu de jeunes femmes qui siègent dans les rédactions », constate Ismaël Malam Moussa avant de poursuivre : « Nous essayons de rajeunir les rédactions de la ville par notre programme et de promouvoir l’inclusion féminine dans la presse à Zinder ».

Le format a grandi avec ses ambitions. Les trois premières promotions comptaient 10 stagiaires chacune. Et à partir de la 4ᵉ, le programme est passé à 20 stagiaires formés pour 10 retenus. Pendant les trois premiers mois, les stagiaires, quel que soit leur diplôme d’origine, sont soumis à des « tâches quotidiennes ». Ces dernières consistent à identifier chaque jour 5 informations, 5 tournures et 5 nouveaux mots, en français et en haoussa. Une évaluation est faite tous les lundis. 

Un cursus de formation couvre, par ailleurs, plusieurs modules tels que la généralité de l’information, les genres journalistiques, les techniques d’interview, la couverture d’un événement, la présentation du journal, la production des émissions thématiques, entre autres. 

Durant le stage, les apprenants réalisent des interviews, des reportages et même le journal parlé. Au terme du stage, la radio organise une cérémonie de remise des attestations. Depuis la 4ᵉ promotion, une attestation est donnée aux participants.

Source : Alternative Zinder, Photo : le coordinateur de L’AEC donne une attestation à un des stagiaires

Pour sa 6ᵉ promotion, en 2026, le programme évolue sur plusieurs fronts. La sélection elle-même se modernise. Pour la première fois, l’appel à candidatures est lancé entièrement en ligne, via un formulaire numérique   remplaçant un processus jusque-là plus informel. 

Sur le terrain, des stagiaires seront désormais initiés à la gestion de la page Facebook Alternative TV pour assurer une présence en ligne. Côté formation, deux nouveaux modules font leur entrée dans le cursus : le journalisme mobile (mojo), et le journalisme d’investigation. « Nous comptons partager nos connaissances avec la prochaine promotion sur le datajournalisme, le fact-checking, le journalisme d’investigation et bien d’autres », annonce Ismaël Malam Moussa.

L’impact du programme à Zinder

Le programme a formé 70 stagiaires en cinq promotions. Selon Ismaël Malam Moussa, la 4ᵉ promotion illustre la portée du programme au-delà de la radio elle-même. Sur les 10 stagiaires retenus, 2 ont rejoint Annour TV, 3 ont été reconduits à l’Office National d’Edition et de Presse (ONEP) de Zinder pour poursuivre leur stage, et 2 ont participé au projet d’intégration du datajournalisme dans la rédaction du journal L’Événement Niger. Un autre bénéficiaire du programme travaille, aujourd’hui, dans une organisation internationale.

En misant sur la formation continue intensive plutôt que sur des prérequis académiques, Radio Alternative Zinder s’appuie sur une pratique du journalisme sur le terrain. 

La pratique quotidienne du journalisme et la mise en situation réelle rapide compensent l’absence de formation initiale spécialisée. Ce qui explique, en partie, pourquoi d’autres rédactions ont pu absorber directement des stagiaires formés à Zinder, quel que soit leur parcours académique de départ. C’est là que le slogan de la radio prend tout son sens : les portes qu’elle ouvre ne sont pas réservées uniquement à ceux qui avaient déjà la bonne clé académique en poche.

Le programme reste toutefois freiné dans sa capacité à retenir ses meilleurs talents. « Les limites de ce programme résident dans notre incapacité à recruter régulièrement les meilleurs stagiaires, car le programme n’est pas subventionné », reconnaît Ismaël Malam Moussa.  Le dispositif est géré uniquement par la radio et l’association Alternative Espaces Citoyens. 

Une seconde limite touche à l’assiduité de certains stagiaires qui résident loin des locaux de la radio et qui sont confrontés à des contraintes liées au transport.

Le programme n’est pas né d’une initiative isolée de la radio, mais d’un choix de l’équipe régionale de l’association Alternative Espaces Citoyens, explique son coordinateur régional à Zinder, Dr Yahaya Badamassi. Il répond à deux constats. D’abord, un décalage classique à l’entrée du marché du travail : « Pallier le manque d’expérience des jeunes diplômés qui aspirent postuler à certains postes, en exigeant des années d’expérience », résume-t-il. Ensuite, une absence structurelle dans la région : « Au niveau de la région, nous n’avons pas une école qui forme des journalistes ». Le programme vise ainsi à combler ce déficit en matière de ressources humaines pour tous les médias de la place, y compris […] la radio Alternative elle-même.

Selon Dr Yahaya Badamassi le programme suit une logique d’amélioration continue plutôt qu’une simple reconduction. « Notre vision serait de continuer dans la même lancée, tout en tirant les leçons des insuffisances constatées çà et là », a-t-il précisé.

Le regard d’anciens stagiaires

Abdoul Nasser Ibrahim a bénéficié du programme avant de rejoindre le desk de datajournalisme de l’Événement Niger puis l’ONEP. Pour lui, ce stage a été une porte d’entrée décisive : « c’est à partir de là que j’ai découvert le monde des médias », dit-il. Un passage qui l’a conduit, selon ses mots, vers bien d’autres opportunités. Il cite son intégration au desk de datajournalisme, une expérience qui lui a ouvert les yeux sur la collecte, le traitement et la narration de données via des graphiques interactifs, ainsi que son passage à l’ONEP où il a appris à couvrir des événements et rédiger des articles sur des sujets variés.

Mais c’est à la radio qu’il dit avoir acquis l’essentiel des compétences en journalisme comme la rédaction d’articles, la présentation du journal, la modulation de voix, les techniques d’interview et de montage de son.

Adama Saïdou Mounkaila, aujourd’hui à Télévision Annour, décrit un parcours construit en deux temps. « Ce stage à la radio Alternative a été pour moi une véritable école de la vie. Il m’a appris la rigueur, la discipline et l’amour du travail bien fait », confie-t-elle. Ce socle lui a directement servi par la suite : « Grâce à ces acquis, mon intégration à la télévision Annour a été plus facile ».

Elle résume la mécanique du programme ainsi : « La radio Alternative a posé la fondation et Annour TV m’a permis de bâtir dessus pour devenir plus professionnelle ».

Mansour Moutari, aujourd’hui en poste dans une organisation internationale, estime que le stage à Alternative lui a permis d’acquérir les bases du métier. Le programme lui a permis, dit-il, de pratiquer le journalisme pour la première fois, en apprenant à « introduire, développer et conclure des sujets », à concevoir des émissions et à participer à des forums qui ont enrichi sa culture générale. Cette base a eu un effet direct dans son parcours professionnel. Elle lui a donné, explique-t-il, les fondamentaux pour structurer son profil jusqu’à décrocher un stage puis un emploi dans une organisation internationale.

Maharou Ado met en avant une palette de compétences plus large que le seul journalisme de terrain. « Mon stage en journalisme au sein de la radio Alternative m’a permis de développer des compétences solides en communication, collecte et traitement de l’information », raconte-t-il.

Il souligne que l’expérience a surtout renforcé sa capacité à interagir avec les communautés, à comprendre leurs besoins et à transmettre des messages adaptés aux réalités locales. Un savoir-faire qu’il dit mobiliser aujourd’hui dans la communication, le développement communautaire et les projets. 

Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for journalism innovation and development (CJID

Ismaïl Abdoulaye Naoumani 

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