Le Burkina Faso rompt avec la France : l’AES présente désormais un front unifié

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En annonçant vendredi dernier, la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec Paris, Ouagadougou achève une séquence entamée au soir du coup d’État de septembre 2022. Le Mali avait rompu en janvier 2023, le Niger en décembre de la même année. Les trois membres de la Confédération des États du Sahel ont maintenant tous coupé le cordon avec leur ancienne puissance coloniale.

C’est par un communiqué lu en édition spéciale sur la Radiodiffusion Télévision du Burkina, le vendredi 26 juin à 18 heures TU, que le ministre porte-parole du gouvernement Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a prononcé l’acte de rupture. « Le gouvernement du Burkina Faso informe par la présente la communauté nationale et internationale qu’il a décidé de rompre les relations diplomatiques avec la France à compter de ce jour », a-t-il déclaré. L’effet est immédiat.

Les griefs officiels sont formulés en trois charges. Ouagadougou accuse Paris d’un « activisme incessant contre les intérêts du Faso », d’« ambitions néocoloniales affichées » et de « soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes qui endeuillent le pays et le Sahel ».

En réaction à cette annonce, Paris dit « regretter » une décision qualifiée d’« hostile et sans fondement ». Le ministère français des Affaires étrangères n’avait pas publié de communiqué officiel étendu au moment de la rédaction de cet article.

Quatre ans de ruptures successives

La décision du 26 juin dernier prise par le Burkina Faso n’est pas un coup de tonnerre : c’est un point final. La chronologie des ruptures depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022 est éloquente par elle-même. En janvier 2023, Ouagadougou avait exigé le départ des forces spéciales françaises de l’opération Sabre, stationnées dans le pays. Suivent la fermeture des médias RFI et France 24, l’expulsion de plusieurs diplomates accusés d’« activités subversives », la dénonciation de la convention fiscale de non-double imposition avec la France en août 2023 et l’arrestation en décembre 2023 de quatre agents présumés de la DGSE française.

La liste continue. Le gouvernement burkinabè a refusé d’agréer le successeur de l’ambassadeur Luc Hallade rappelé à Paris pour consultations en janvier 2023 et jamais remplacé, ce qui signifiait de facto l’absence d’ambassadeur français en poste depuis plus de trois ans. En mai 2026, c’est TV5 Monde qui a été interdite de diffusion, accusée de « désinformation » et d’« apologie du terrorisme ». Et, lundi 23 juin dernier, soit trois jours avant la rupture diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré avait convoqué le chef de la délégation de l’Union européenne pour protester contre une résolution du Parlement européen sur les droits humains au Burkina Faso, qualifiée par Ouagadougou de démarche « néocoloniale » inspirée par « des réseaux obscurs à la solde de la France ».

L’AES au complet

Le Mali avait rompu diplomatiquement avec la France en janvier 2023. Le Niger avait suivi en décembre de la même année. Le Burkina Faso les rejoint désormais et la Confédération des États du Sahel présente ainsi un front diplomatique unifié face à Paris. Les trois juntes ont par ailleurs quitté la CEDEAO en janvier 2025 pour former leur propre structure régionale, et ont renforcé leurs partenariats militaires avec la Russie dont la présence terrain a connu une expansion notable dans la région ainsi qu’avec la Turquie et l’Iran.

De son côté, la France avait suspendu, dès 2023, son aide au développement, son appui budgétaire et la délivrance de visas aux étudiants des trois pays, invoquant la fermeture de ses services consulaires sur place. Ces mesures n’ont pas conduit à une désescalade.

Ce que la rupture ne couvre pas

Le gouvernement burkinabè a pris soin de délimiter la portée de sa décision. La rupture, précise le communiqué officiel, « vise exclusivement leurs relations sur le plan diplomatique » et « ne remet pas en cause les liens historiques entre les deux peuples ». La protection des ressortissants français présents sur le territoire burkinabè est explicitement garantie, et le gouvernement a appelé sa population à faire preuve de « retenue et de civisme » à leur égard. Les conséquences pratiques de fermeture des ambassades, rapatriement des diplomates, délais de procédure n’avaient pas encore été précisées à l’heure de la rédaction de cet article.

En revanche, ce que la rupture dit, c’est que le recul diplomatique de la France en Afrique de l’Ouest n’est plus un processus en cours : il est, pour le Sahel central, accompli. Trois anciens partenaires militaires, trois pays francophones, trois États membres d’une confédération naissante. La question qui reste ouverte est moins celle de la rupture que celle de ce qui vient après.

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