Otages, rançons et influence : le clan Haftar au cœur de négociations au Sahel

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Deux anciens combattants du groupe Wagner, capturés en juillet 2024 lors des combats de Tinzaouaten dans le nord du Mali, ont été libérés le 20 août 2026 après plus de deux ans de détention. Selon plusieurs sources, dont The Libya Observer et un communiqué de l’Africa Corps, cette libération a été rendue possible grâce à la médiation active de Saddam Haftar, commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne (ANL) et fils du maréchal Khalifa Haftar.

Les deux Russes avaient été faits prisonniers par une coalition regroupant le Front de libération de l’Azawad (FLA) et des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) lors d’affrontements particulièrement meurtriers pour les forces maliennes et leurs alliés russes. Après de longues négociations, ils ont été transférés vers la Libye, via Benghazi, avant d’être remis aux autorités russes. Des sources indiquent que Saddam Haftar aurait versé une rançon, même si les médias affiliés à l’est libyen présentent l’opération comme une « mission spéciale de sécurité ».

Cette affaire s’inscrit dans le sillage de la libération, quelques jours plus tôt, de l’otage américain Kevin Rideout, missionnaire enlevé au Niger et détenu par un groupe lié à l’État islamique au Sahel. Là encore, le clan Haftar a joué un rôle central, avec des versions divergentes entre une opération militaire et un paiement de rançon.

Le transfert via Benghazi, plutôt qu’une remise directe aux forces maliennes ou russes présentes au Mali, illustre le positionnement croissant de l’est libyen comme plateforme de médiation. Saddam Haftar, qui avait rencontré Vladimir Poutine à Moscou la veille de la libération, apparaît ainsi comme un interlocuteur utile pour la Russie dans une région où l’Africa Corps a succédé à Wagner.

Un acteur incontournable de la sécurité sahélienne

Aujourd’hui, le clan Haftar occupe une place stratégique dans l’architecture sécuritaire du Sahel. En contrôlant l’est et le sud de la Libye, notamment le Fezzan et les corridors frontaliers avec le Tchad, le Niger et le Soudan, les forces de l’ANL disposent d’un accès privilégié aux réseaux touaregs, arabes et de contrebande qui traversent le Sahara. Cette position géographique et relationnelle leur permet d’intervenir dans des dossiers d’otages et de prisonniers que les États sahéliens peinent à résoudre seuls.

Saddam Haftar incarne cette projection régionale. Au-delà des médiations ponctuelles, il multiplie les contacts avec les pouvoirs du Sahel (Tchad, Niger) et entretient des liens avec des groupes armés non étatiques. Le clan tire également parti de flux économiques parallèles – carburant, armes, migrants – qui renforcent son influence tout en alimentant parfois l’instabilité. Les rapports onusiens et les enquêtes récentes soulignent d’ailleurs son rôle dans des réseaux de contrebande de carburant et de soutien logistique à certaines factions soudanaises.

Cette importance n’est pas sans ambiguïté. D’un côté, Benghazi s’impose comme un intermédiaire pragmatique entre Moscou, certains acteurs occidentaux et les groupes sahéliens. De l’autre, cette médiation repose souvent sur des transactions financières et des canaux informels, plutôt que sur une capacité militaire projetée. Elle renforce la dépendance des acteurs externes à l’égard d’un clan familial dont la légitimité reste contestée en Libye même.

En 2026, alors que le Sahel reste marqué par la fragmentation et le retrait relatif des puissances occidentales, le clan Haftar s’affirme comme un pivot discret mais efficace. Sa capacité à libérer des Russes détenus par des groupes de l’Azawad ou un Américain capturé par l’État islamique démontre qu’il dispose désormais d’un capital relationnel rare. Pour Moscou comme pour d’autres capitales, ce capital est devenu un atout. Pour les États sahéliens, il rappelle que les véritables négociations se jouent souvent hors de leur contrôle direct, dans les réseaux transsahariens dominés visiblement par Benghazi.

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