Réaménagement stratégique au Niger : quatre nominations face aux défis structurels

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Mardi 15 septembre 2026, le président Abdourahamane Tiani a procédé à un réaménagement technique du gouvernement en nommant quatre nouveaux ministres. Le colonel Bilaly Elhadj Gambobo prend l’Agriculture et l’Élevage, Abdourahamane Oumarou la Refondation et la Promotion des valeurs sociales, le lieutenant-colonel Seyni Alzouma l’Énergie, et Hamani Kargne la Communication et les Nouvelles technologies de l’information. Ces portefeuilles touchent au cœur des priorités de souveraineté nationale.

L’agriculture et l’élevage restent le socle de l’économie nigérienne. Selon la FAO, le secteur contribue autour de 40 à 43 % du PIB et emploie près de 80 % de la population active, dans un pays où plus de 80 % des habitants vivent en milieu rural. La campagne 2025 a produit environ 5,3 à 5,9 millions de tonnes de céréales, un niveau proche ou légèrement supérieur à la moyenne quinquennale, avec des hausses notables pour le riz. Pourtant, un déficit céréalier d’environ 300 000 tonnes a été relevé, tandis que 2,4 millions de personnes (près de 9 % de la population analysée) faisaient face à une insécurité alimentaire sévère durant la soudure 2026. Le fourrage affichait un déficit de 2,75 millions de tonnes. Le colonel Bilaly Elhadj Gambobo, ancien directeur général de l’ONAHA, hérite d’un outil central : les aménagements hydro-agricoles, encore limités à environ 16 000-18 500 hectares fonctionnels, alors que le potentiel irrigable et les besoins en riz (estimés à 700 000 tonnes par an) appellent une accélération. Les perspectives passent par la réhabilitation et l’extension de ces périmètres (objectif de plusieurs milliers d’hectares supplémentaires d’ici 2027), le développement de la double culture et l’industrialisation locale des filières. Un succès permettrait de stabiliser les prix, déjà en baisse en 2025-2026 grâce aux interdictions d’exportation hors AES, et de réduire la vulnérabilité chronique.

Le ministère de la Refondation, confié à Abdourahamane Oumarou, s’inscrit dans le Programme de la Refondation de la République 2025-2029. Ce portefeuille n’est pas technique au sens strict, mais politique et sociétal. Il doit traduire la vision d’un Niger souverain et uni en actions concrètes de cohésion, de promotion des valeurs et d’accompagnement des réformes institutionnelles. Dans un contexte de transition prolongée et de défis sécuritaires persistants (Tillabéri, Diffa), les implications sont majeures : renforcer le contrat social, légitimer le processus auprès des populations et éviter que les discours de rupture restent formels. Les perspectives dépendent de la capacité à articuler ce ministère avec les résultats tangibles des autres secteurs, notamment alimentaires et énergétiques.

L’énergie illustre peut-être le plus clairement l’ambition de souveraineté. Le taux d’accès à l’électricité stagne autour de 21,9 à 22,5 % au niveau national (moins de 4 % en zone rurale contre plus de 80 % en urbain). La capacité installée avoisine 420 MW, mais seulement environ 294 MW sont effectivement disponibles. Ces chiffres ont été mis en évidence lors de la plénière du Conseil consultatif de la refondation, le 22 juillet 2026, où la ministre de l’Énergie d’alors, Pr Amadou Haoua, a présenté les ambitions du pays et les réformes. Le pays mise sur des projets structurants : centrale de 40 MW à Gorou Banda (coopération algérienne), ambition de 600 MW à Salkadamna (charbon), développement solaire et objectif de 60 % d’accès d’ici 2030, avec une part d’énergies renouvelables visant 30 %. Le lieutenant-colonel Seyni Alzouma arrive alors que le Code de l’électricité a été réformé et que des financements (BOAD, BAD) ciblent la production et les mini-réseaux. Les perspectives sont claires : réduire les importations, interconnecter les zones isolées (Agadez, Diffa) et soutenir l’industrialisation. Un échec prolongerait les coupures et freinerait la croissance, tandis qu’une montée en puissance concrète renforcerait l’autonomie et la crédibilité régionale au sein de l’AES.

Enfin, Hamani Kargne hérite d’un secteur en mutation rapide. Selon l’enquête TIC 2025 de l’INS, 84,2 % des ménages utilisent un téléphone mobile et 64,9 % disposent d’un accès à Internet, mais seulement 39,5 % des personnes de 15 ans et plus ont utilisé le net au cours des trois mois précédents. Les disparités sont criantes : 63,5 % d’internautes à Niamey contre 17,9 % à Diffa ; seuls 5 % des ménages possèdent un ordinateur. La pénétration de l’argent mobile reste très faible. Dans un contexte de lutte contre la désinformation et de transformation numérique de l’État, le ministre doit conjuguer extension des infrastructures, régulation et maîtrise du récit public. Les perspectives incluent la réduction de la fracture numérique, le développement des services numériques et un meilleur contrôle de l’espace informationnel, essentiels à la stabilité politique.

Ces quatre nominations forment un ensemble cohérent. Agriculture pour la base sociale et économique, refondation pour le cadre idéologique, énergie pour l’autonomie productive, communication pour la maîtrise du débat public. Les chiffres montrent des avancées (baisse des prix alimentaires, progression des connexions numériques, projets énergétiques en cours) mais aussi des déficits structurels persistants. Pour les nouveaux ministres, l’enjeu n’est pas seulement de gérer l’existant : il s’agit d’accélérer des transformations mesurables d’ici 2027-2030. La crédibilité du processus de refondation dépendra largement de résultats concrets dans ces secteurs stratégiques. La crédibilité et la légitimité continue des dirigeants en dépendent aussi fortement.

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