S’acheter du ciment à Niamey pour le besoin de son chantier ou de ses chantiers, selon les cas, relève d’un véritable parcours de combattant. Le produit est difficilement accessible sur le marché, devenant ainsi « une denrée rare », alors que la demande explose chaque jour. Pour faire face à cette rareté à laquelle est venue se greffer une spéculation orchestrée autour du prix de la tonne, l’Etat, à travers le ministère du commerce et de l’industrie, a lancé une opération de vente spéciale du ciment 32.5 et 42.5 à Niamey avec pour objectif, indique-t-on, de « protéger le pouvoir d’achat des Nigériens et de lutter contre les fraudes et les détournements ».
Par cette opération en cours depuis plusieurs mois sur divers sites à Niamey, le client doit satisfaire à un certain nombre de conditions édictées par le ministère du commerce pour acquérir du ciment. Il doit surtout prouver à travers une attestation de vente ou un acte de cession ou une détention coutumière qu’il dispose effectivement d’un terrain qu’il construit. Il doit aussi se faire enregistrer (présentation d’une pièce d’identité) sur le site de vente par le personnel déployé par le ministère du commerce et les mairies pour la supervision de l’opération de vente.
En outre, après l’acquisition du ciment sur le site de l’opération, une équipe de contrôle est instruite pour son acheminement sur le lieu où il devait être déchargé. Selon le ministère du commerce et de l’industrie, cette mesure est appliquée afin de s’assurer que le ciment acheté est effectivement destiné à une utilisation personnelle et non à entretenir la spéculation.
A cet effet, des véhicules sont mobilisés pour assurer le transport du ciment, avec des laissez-passer délivrés par les équipes de supervision de l’opération de vente du ciment à Niamey. Quant au coût du transport, il varie de 3 000 Fcfa à 5 000Fcfa, voire à 7 000Fcfa/la tonne, selon la distance. Pour la réussite de cette opération en cours, c’est un total de plus de 20 000 tonnes de ciment qui ont été mobilisées au prix de 60000Fcfa la tonne du ciment 32.5R et 87.500Fcfa la tonne du ciment 42.5N.
L’une des dernières mesures prises par le ministère du commerce et de l’industrie dans le cadre de cette opération, consiste à ce que « chaque journée de vente sera désormais consacrée à une catégorie bien déterminée de bénéficiaires, qui auront un accès exclusif au ciment sur les différents sites de l’opération ».
Pour la journée du mardi 8 septembre 2026 sur les différents sites à Niamey, les cibles sont : les veuves et orphelins des FDS (Forces de Défense et de Sécurité), les martyrs civils et les épouses des FDS. Au site de l’OPVN (Office des Produits Vivriers du Niger) de Lazaret, réservé exclusivement à la vente du ciment 42.5, les cibles comprennent uniquement les entreprises qui ont des contrats d’exécution de chantiers au profit de l’Etat et de ses démembrements. Les documents requis (certificat de vente, acte de cession, détention coutumière ou la preuve que le chantier appartient à l’Etat ou ses démembrements) sont vérifiés sur le site de la vente avant toute livraison.
En somme, les mesures prises visent à « mieux encadrer l’opération de vente spéciale et à prévenir les pratiques frauduleuses dans la distribution du ciment, produit stratégique pour le secteur de la construction au Niger », explique dans un communiqué, le ministère du commerce et de l’industrie.
En effet, depuis mi-juillet 2026, le ministère du commerce ne fait que multiplier des arrêtés pris dans le cadre de l’opération spéciale de vente du ciment à Niamey. Des arrêtés qu’il justifie par la nécessité de « protéger le pouvoir d’achat des Nigériens et de faire échec à une spéculation entretenue par certains opérateurs du domaine ». Tout le secteur est désormais sous contrôle de l’Etat, à travers le ministère du commerce et de l’industrie qui fixe et arbitre le prix de la tonne du ciment qu’il soit du type « 32.5 ou 42.5 ». Le ministère détermine, instruit et organise lui-même les points de vente, saisit du ciment qui proviendrait de fraude et sanctionne des opérateurs qui seraient en contradiction avec les mesures qu’il a édictées.
C’est dans la droite ligne de l’application stricte de ces mesures, indique-t-on, qu’une vingtaine d’opérateurs économiques, voire plus, ont été sanctionnés en août 2026. La vente de ciment leur a été interdite pendant une période de 15 jours pour avoir « frauduleusement dissimulé » ce produit.
Les sanctions se poursuivent alors que la crise du ciment demeure encore. La dernière mesure de suspension d’exercer, prise à l’encontre d’un opérateur économique évoluant dans le domaine, remonte au 3 septembre dernier. Elle a visé les Etablissements Aboubacar Charfo, un grand négoce du ciment et des matériaux de construction, exerçant à Niamey.
Par arrêté N°0086/MC/I/SG/DGC/DCI/LCVC du 3 septembre 2026 du Ministère du commerce, les Etablissements Charfo ont été interdits de l’exercice de la profession commerciale pour une durée de trois (3) mois. L’arrêté précise aussi que « ses magasins et boutiques de vente restent fermés pour la même durée ». Le ministère du commerce et de l’industrie reproche à cet opérateur économique des manquements aux mesures édictées dans le cadre de l’opération spéciale de vente de ciment.
« Bien que ce commerçant a eu 50 camions du ciment qui sont disponibles, il a décidé de ne pas vendre, parce que les mesures qui ont été prises ne lui conviennent pas », a expliqué le ministre du commerce et de l’industrie, Abdoulaye Seydou, lors de sa visite terrain du jeudi 3 septembre 2026 sur plusieurs sites de vente du ciment dans la ville de Niamey. Le ministre a qualifié d’ « inadmissible et intolérable ce type de comportement dans ce contexte de refondation », avant de prévenir que « nous ne pouvons pas rester insensibles face à cette situation ».
Face à cette crise du ciment qui secoue Niamey depuis plusieurs mois, nombreux sont les Nigériens qui s’interrogent sur son origine surtout quand on sait que le pays compte deux grandes sociétés de production du ciment, situées toutes dans la région de Tahoua, à savoir Malbaza Cement Company SA (MCC) et Mango Ciment de la China Africa Material Building (CMB). A cette date, faut-il le souligner, le pays aurait compté avec la cimenterie de Kao, toujours dans la région de Tahoua, que l’homme d’affaires nigérian, Aliko Dan Goté devait construire depuis belle lurette. Le projet de construction de cette dernière semble être abandonné. La fermeture prolongée du corridor Niger-Bénin où passe l’essentiel du ciment importé, notamment à partir du Togo ne constitue-t-elle pas une des raisons supplémentaires aggravant cette crise du ciment ?
























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