Accord de défense Ghana-Burkina Faso : une opportunité pragmatique dans un espace ouest-africain fragmenté

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Le 10 août 2026, le Ghana et le Burkina Faso ont signé à Accra un accord de coopération en matière de défense. Cet instrument vise à sécuriser les corridors commerciaux transfrontaliers, à fournir des escortes militaires et à renforcer le partage de renseignements face aux menaces terroristes. Il fait suite à l’attaque meurtrière du 14 février 2026 à Titao, où huit commerçants ghanéens de tomates ont perdu la vie, un attentat revendiqué par le JNIM. L’accord opérationnalise un engagement pris en février et s’inscrit dans la réactivation de la Commission permanente mixte de coopération, dormant depuis six ans.

La pertinence de cet accord est évidente sur le plan sécuritaire et économique. Le Burkina Faso, confronté à une insurrection djihadiste intense, constitue une porte d’entrée pour les menaces vers les pays côtiers. Pour le Ghana, qui importe pour plus de 22 millions de dollars de tomates fraîches par an et dépend de ces routes pour l’accès aux ports de Tema et Takoradi, la continuité des flux commerciaux est vitale. L’activation de bases avancées à Jirapa et Hamile, le déploiement d’attachés de défense et l’intensification de la surveillance montrent déjà une volonté ghanéenne de ne pas rester passive. L’accord permet une coordination concrète – patrouilles mécanisées conjointes, surveillance aérienne – là où les dispositifs purement nationaux atteignent leurs limites.

L’opportunité est d’autant plus marquée dans le contexte régional. L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, s’est formellement retirée de la CEDEAO en janvier 2025. Cette rupture a créé deux architectures concurrentes, affaiblissant la coopération antiterroriste et complexifiant les échanges. Alors que l’AES développe sa propre force unifiée et approfondit son intégration confédérale, les pays côtiers de la CEDEAO, dont le Ghana, doivent gérer le risque de contagion sécuritaire sans pour autant s’aligner politiquement sur les régimes militaires.

C’est précisément ici que la signification diplomatique de l’accord apparaît. Contrairement au Niger, qui peine encore à normaliser pleinement ses relations avec son voisin direct, le Bénin – après une fermeture frontalière de près de trois ans liée aux sanctions post-coup d’État de 2023 et à des accusations mutuelles –, le Burkina Faso et le Ghana parviennent à un arrangement pragmatique. Les tensions nigéro-béninoises, même si un dégel s’est amorcé en juin 2026 avec des discussions sur la réouverture et des conditions de défense mutuelle, illustrent la difficulté pour les membres de l’AES de rétablir des relations fluides avec certains États de la CEDEAO. Le Ghana, en revanche, choisit la voie bilatérale ciblée, centrée sur des intérêts communs immédiats : la protection des commerçants et des routes commerciales.

Cet accord ne résout pas le différend structurel entre AES et CEDEAO. Il ne signifie pas non plus un ralliement du Ghana aux positions de Ouagadougou. Il témoigne plutôt d’une diplomatie réaliste : face à une menace transnationale qui ne respecte ni les frontières ni les clivages politiques, les États peuvent et doivent coopérer de manière sélective. En sécurisant les corridors, Accra et Ouagadougou préservent non seulement leurs économies, mais offrent aussi un modèle de collaboration fonctionnelle dans une sous-région autrement polarisée.

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