Niamey déclare la guerre aux sachets plastiques : le défi d’une capitale dépolluée

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Au Niger, une loi interdisant l’usage des sachets plastiques légers dans le commerce a été adoptée, il y a une dizaine d’années. Mais elle n’est pas appliquée et il a fallu cette année pour que les choses commencent à bouger.

L’Administrateur délégué de la Ville de Niamey, le Colonel Boubacar Soumana Garanké, a signé le 1er juillet 2026, un arrêté interdisant, dans les supermarchés de la capitale, la production, l’importation, la commercialisation, l’utilisation et le stockage des sachets en plastique souple à basse densité (PEBD) d’une épaisseur inférieure à 15 microns lorsqu’ils ne sont ni biodégradables ni oxo-dégradables. Plus qu’une nouvelle mesure, cet arrêté remet à l’ordre du jour une disposition de la loi n°2014-63 du 5 novembre 2014, restée largement inappliquée pendant plus d’une décennie.

Cependant, la nouvelle mesure accorde un délai transitoire de 6 mois aux supermarchés pour se conformer à ses prescriptions. Les promoteurs des supermarchés devront, d’ici le 31 décembre 2026, cesser tout nouvel approvisionnement en sachets interdits, écouler ou éliminer leurs stocks et adopter progressivement des solutions de remplacement comme les sacs biodégradables, les emballages en papier, les paniers ou les contenants réutilisables. Et à partir du 1er janvier 2027, les contrevenants s’exposeront à des peines d’emprisonnement de six mois à un an, à des amendes pouvant atteindre cinq millions de francs CFA ainsi qu’à la confiscation des produits et des moyens de transport. L’usage domestique des sachets concernés sera également sanctionné par une amende de 100 francs CFA par sachet.

Pendant des années, les sachets plastiques ont servi d’emballage à presque tous les achats quotidiens, avant de terminer leur parcours dans les rues, les caniveaux ou accrochés aux branches des arbres.

Une pollution aux conséquences multiples

Au Niger, les sachets plastiques figurent parmi les principales sources de pollution. Ils obstruent les caniveaux, aggravent les inondations, contaminent les sols et les eaux, menacent le bétail et la faune, tandis que leur brûlage à ciel ouvert libère des fumées toxiques. Autant de conséquences qui pèsent sur la santé publique, l’environnement et l’économie.

Depuis des années, les sachets plastiques ont continué de s’accumuler dans les quartiers. Le vent les disperse, les arbres les retiennent comme des drapeaux  et les caniveaux les engloutissent jusqu’à bloquer parfois l’écoulement des eaux. Des berges du fleuve Niger aux principales artères de la capitale, ils se sont progressivement imposés comme un élément du paysage urbain.

Six mois pour réussir la transition

Dans une ville qui produit près de 1125 tonnes de déchets chaque jour, dont une part importante de matières plastiques, les autorités ont choisi de commencer par les supermarchés, où la transition vers des solutions alternatives paraît plus facilement réalisable.

Dans les rayons des supermarchés, pourtant, rien ne laisse encore présager ce changement. Les clients remplissent leurs paniers, passent à la caisse et repartent avec leurs achats emballés dans des sachets plastiques. Un geste devenu banal, mais dont le compte à rebours est désormais enclenché.

Entre satisfaction et interrogations

Pour l’Association de défense des droits des consommateurs (ADDC Wadata), la décision est saluée. Son président, Monsieur Mahaman Nouri, estime que cette interdiction répond à un impératif environnemental qui dépasse largement les frontières du Niger. Si l’utilisation des sachets est pratique, leur collecte et leur traitement restent, en revanche difficiles. Emportés par le vent, ils envahissent les espaces publics et compliquent durablement la gestion des déchets, indique l’acteur de la société civile.

Cet enthousiasme s’accompagne toutefois de questions. Les consommateurs devront-ils supporter le coût des emballages biodégradables ? Ces alternatives resteront-elles financièrement accessibles ? Du côté des importateurs et des gestionnaires de supermarchés, les réactions publiques se font encore attendre.

Un défi logistique et économique

La transition ne sera pas sans difficultés. Les stocks existants devront être écoulés ou retirés, tandis que les solutions de remplacement devront être rapidement disponibles. Leur coût, leur accessibilité sur le marché national ainsi que l’organisation logistique nécessaire à cette mutation restent encore à préciser.

Les urbanistes quant à eux, y voient néanmoins une opportunité d’améliorer progressivement le cadre de vie. La disparition des sachets abandonnés pourrait contribuer à assainir les espaces publics et à faciliter l’entretien des ouvrages de drainage, notamment à l’approche de la saison des pluies.

Les organisations environnementales partagent cet optimisme tout en rappelant que la loi existait depuis 2014 et qu’elle n’a pas été appliquée. Selon elles, la réussite dépendra avant tout de l’application effective des textes, de la régularité des contrôles et de la sensibilisation des populations.

Un enjeu local inscrit dans un combat mondial

Les six prochains mois seront décisifs dans la lutte contre la pollution plastique. Les commerçants devront s’adapter en explorant les alternatives aux sachets plastiques. L’Etat a un rôle à jouer à ce niveau, en rendant disponibles et accessibles les sachets non polluant. Les consommateurs ont également un rôle à jouer en évitant d’abandonner dans la nature les emballages plastiques utilisés.

Au-delà des frontières du Niger, la pollution plastique constitue aujourd’hui un défi mondial. Selon le Pacte Mondial de l’ONU, chaque année, près de 430 millions de tonnes de plastique sont produites et 41 seulement sont recyclées. Et environ 85 % des déchets retrouvés dans les océans sont constitués de plastique, mettant en péril la faune marine, souvent piégée ou victime d’ingestion accidentelle.

Le plastique renferme également des substances chimiques toxiques, notamment des perturbateurs endocriniens susceptibles d’affecter la santé humaine. Son industrie émet aujourd’hui près de quatre fois plus de gaz à effet de serre que le secteur de l’aviation, alors que moins de 10 % des déchets plastiques sont recyclés, entraînant d’importantes pertes économiques.

Face à cette crise mondiale, les États poursuivent les négociations en vue d’un traité international destiné à réduire durablement la pollution plastique. À Niamey, le défi commence désormais au coin de chaque caisse de supermarché. Une bataille locale qui s’inscrit dans un combat planétaire.

M. Tahirou

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