Après près de trois années de fermeture, la frontière entre le Niger et le Bénin semble enfin s’approcher d’un tournant décisif. Les experts des deux pays ont achevé leurs travaux et remis leur rapport aux autorités de Niamey et de Cotonou. Une étape importante vient d’être franchie. Pourtant, pour les milliers de familles, de commerçants et de transporteurs qui vivent au rythme de cette frontière, une seule question compte désormais pour eux, celle de savoir à quand la réouverture effective ?
Si le volet technique paraît bouclé, le dossier reste suspendu à une décision politique. Et surtout à des garanties sécuritaires que le Niger considère comme indispensables et non négociables avant toute reprise des échanges.
Lors de la rencontre du comité d’experts à Cotonou, le 20 juin dernier, le ministre d’État chargé de la Sécurité, le général Mohamed Toumba, a fixé les lignes rouges de Niamey. Selon lui, le Niger exige la signature d’un accord de défense et d’un accord de sécurité, ainsi que l’engagement mutuel de ne pas utiliser le territoire de l’un contre l’autre à des fins hostiles. Il a évoqué aussi, une transparence totale sur les dispositifs militaires étrangers présents à proximité de la frontière ainsi que la mise en place d’une cellule bilatérale de fusion des renseignements.
Ces exigences traduisent la volonté des autorités nigériennes de faire de cette réouverture un nouveau départ, fondé sur des engagements sécuritaires durables. Elles s’inscrivent aussi dans un contexte où Niamey avait exprimé ses préoccupations quant à la présence de forces étrangères notamment françaises au Bénin et aux risques que cela pouvait représenter pour sa sécurité.
Au vu de cette déclaration du ministre nigérien en charge de l’intérieur, quelle sera la réponse de Cotonou ? Le Bénin acceptera-t-il ces conditions telles qu’elles sont formulées, ou faudra-t-il poursuivre les négociations avant de parvenir à un accord définitif ? À ce stade, aucune réponse officielle n’a encore été rendue publique.
Avant le coup d’État de juillet 2023, le corridor Cotonou-Malanville-Gaya-Niamey constituait la principale artère commerciale du Niger. Entre 70 et 80% de ses importations maritimes, soit environ 3,8 à 4,2 millions de tonnes de marchandises par an, transitaient par le port de Cotonou, faisant du Niger son premier client de transit. La valeur des échanges entre les deux pays a chuté, passant de 15,9 millions de dollars en 2023 à 10,4 millions de dollars en 2025, selon les données du Centre International du Commerce.
La réouverture offrirait un nouveau souffle aux transporteurs, aux commerçants et aux opérateurs de transit. Elle pourrait également favoriser une meilleure circulation des marchandises, améliorer l’approvisionnement des marchés et permettre aux administrations douanières des deux pays de renforcer leurs recettes grâce à la reprise des échanges formels.
Pour l’instant, l’attente se prolonge de part et d’autre du fleuve Niger. À Gaya (Niger) comme à Malanville (Benin), beaucoup espèrent retrouver une vie normale. Depuis la fermeture de la frontière, les échanges commerciaux ont été bouleversés, les itinéraires allongés, les coûts de transport multipliés et les prix de nombreux produits affectés. Derrière les statistiques, ce sont surtout des familles séparées, des entreprises fragilisées et des revenus amputés qui traduisent le poids de ces trois années de crise, malgré les échanges informels et risqués entre les deux rives du fleuve. Avec la perspective de la réouverture de la frontière, les espoirs sont immenses parmi les populations directement touchées par cette fermeture.
Aïcha, commerçante à Gaya témoigne : « La fermeture de la frontière a bloqué mon activité. Avant, je traversais chaque jour pour acheter et vendre. Tout est devenu plus cher et difficile. L’annonce d’une possible réouverture ravive notre espoir. »
Issa, transporteur sur l’axe Gaya et Malanville exprime aussi son optimisme : « Mon activité s’est presque arrêtée depuis 2023. La réouverture soulagerait des milliers de familles qui vivent du transport et du commerce. Nous l’attendons depuis trop longtemps. »
Pour Mariam, habitante de Malanville, la réouverture aura un impact sur les relations familiales et sociales car ce sont les mêmes populations qui ont été séparées par la frontière décidée par le colonisateur. « Trois ans de fermeture, c’est trois ans de séparation avec nos proches à Gaya, sauf les rares cas où nous traversons le fleuve. Le comité d’experts redonne espoir. Nous voulons retrouver notre vie d’avant », ajoute-t-elle.
Abdou, commerçant grossiste béninois insiste sur le caractère intégré du commerce transfrontalier : « Gaya et Malanville vivaient d’un même marché. La fermeture a tout fragilisé. Une issue positive serait une victoire pour les populations des deux côtés de la frontière. »
Cependant, personne ne se fait d’illusion, car lever la barrière ne suffira pas à effacer trois années de méfiance. Il faudra restaurer la confiance, fluidifier les procédures aux postes-frontières et transformer les engagements politiques en résultats concrets.
Le rapport des experts est désormais sur la table des deux gouvernements. La prochaine étape appartient aux décideurs politiques. Les populations, elles, n’attendent plus un nouveau communiqué. Elles attendent une date. Une date qui marquerait non seulement la réouverture d’une frontière, mais aussi celle d’un avenir économique et humain longtemps resté en suspens. Pour l’instant, elles continuent de compter les jours, se demandant quant interviendra « le jour de la délivrance ».
M. Tahirou





















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