Lutte contre le mariage d’enfants au Niger : le défi de maintenir les filles à l’école

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Alors que la Journée internationale de la fille a été célébrée le 11 octobre dernier sous le thème « Mettre fin au mariage d’enfants et investir dans les droits des filles », la situation des adolescentes et jeunes filles au Niger reste préoccupante, notamment en matière d’accès à l’éducation et leur maintien à l’école. Selon les données de référence de l’UNICEF, environ 76% des filles nigériennes se marient avant l’âge de 18 ans. Parallèlement, les indicateurs scolaires révèlent des écarts entre filles et garçons, particulièrement dans le secondaire, où les difficultés à poursuivre et à achever les études restent importantes.

Un phénomène surtout rural

Le mariage d’enfants reste particulièrement répandu en milieu rural. La pauvreté des ménages, les normes sociales et les difficultés d’accès à l’éducation contribuent à la persistance de cette pratique. Dans certaines familles, marier sa fille est perçu comme un moyen d’assurer son avenir ou d’alléger les charges du foyer.

L’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2012 met en évidence les écarts entre les milieux de résidence. Parmi les femmes de 20 à 24 ans interrogées, 84,6% de celles vivant en milieu rural avaient été mariées avant 18 ans contre 43,5% en milieu urbain. Le niveau d’instruction présente également des différences importantes. La proportion atteignait 84,1% chez les femmes sans instruction contre 67,3% chez celles ayant atteint le primaire et 31,6% chez celles ayant un niveau secondaire ou supérieur.

De fortes disparités selon les régions

Les taux varient sensiblement d’une région à l’autre. Selon la même enquête, les régions de Maradi, Zinder et Diffa affichent les proportions les plus élevées de femmes mariées avant 18 ans avec respectivement 88,6%, 87,3% et 82,4%. Viennent ensuite Tahoua (76,5%), Tillabéry (75,2%) et Dosso (73,1%). Les taux les plus faibles sont enregistrés à Agadez (47,1%) et à Niamey (32,8%). Ces différences montrent que le phénomène ne touche pas toutes les régions dans les mêmes proportions.                                                                                                                                

Des filles qui peinent à achever leur scolarité

À l’école aussi, les filles restent désavantagées. Au primaire, le taux brut de scolarisation s’élève à 64,1% chez les filles contre 72,4% chez les garçons. L’écart persiste au premier cycle du secondaire, avec respectivement 27,8% et 30,9%. Achever ses études représente un défi supplémentaire pour les adolescentes. Au premier cycle du secondaire, le taux d’achèvement atteint 14,8% chez les filles contre 16% chez les garçons. Au second cycle, il tombe à 6,9% pour les filles contre 10,3% pour les garçons. Sur le terrain, ces difficultés prennent des formes concrètes. Dans le département de Boboye, région de Dosso, une enseignante évoque notamment les activités économiques auxquelles certaines filles sont contraintes de se consacrer. « Beaucoup de filles quittent l’école pour vendre des aliments et autres produits dans la rue », explique-t-elle. Sa classe mixte de CM1 et CM2 compte 38 élèves inscrits cette année, dont 18 filles. À la rentrée, seuls 20 élèves ont repris les cours, parmi lesquels sept filles et treize garçons. Ainsi, sur les 18 filles inscrites, seules sept ont repris le chemin de l’école, contre treize garçons sur les vingt inscrits. L’enseignante déplore également les réticences de certains parents, pour qui, « la place de la jeune fille n’est pas à l’école ».

Le mariage, un obstacle parmi d’autres

Le mariage peut interrompre la scolarité des adolescentes, notamment lorsque celles-ci doivent assumer d’importantes responsabilités domestiques. Les grossesses précoces peuvent également compliquer leur maintien à l’école. Toutefois, ces facteurs ne suffisent pas à expliquer tous les abandons scolaires. Les difficultés financières des familles, l’éloignement des collèges et des lycées, l’insécurité dans certaines zones et les pesanteurs socioculturelles pèsent aussi sur la scolarisation des filles. Lorsque ces obstacles se cumulent, leurs possibilités de poursuivre leurs études se réduisent davantage.

Hadjara en a fait l’expérience. Mariée à son cousin à l’âge de 13 ans, alors qu’elle était en classe de CM2 et se préparait à passer son examen, elle a fini par abandonner l’école. Elle explique que les nombreuses tâches ménagères ne lui laissaient pas suffisamment de temps pour étudier. Elle indique également ne pas avoir eu son mot à dire dans cette décision, en raison des liens familiaux entre son père et la mère de son époux.

Des conséquences qui perdurent

Les conséquences de ces inégalités se prolongent bien au-delà de l’adolescence. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’alphabétisation des personnes de 15 ans et plus est de 25,3% chez les femmes, contre 48,4% chez les hommes (EHCVM 2021). Cet écart peut limiter l’accès des femmes à l’information, à la formation professionnelle et aux opportunités économiques. La santé est également concernée. Selon l’INS, 24,7% des adolescentes de 15 à 19 ans avaient déjà commencé leur vie féconde en 2021, c’est-à-dire qu’elles avaient déjà eu un enfant ou étaient enceintes de leur premier (ENAFEME 2021). Cette proportion a nettement baissé par rapport à 2012, où elle atteignait 40,4%, mais elle reste élevée. Cette situation souligne l’importance de services de santé adaptés et accessibles aux jeunes filles.

Des initiatives, mais un impact difficile à mesurer

Plusieurs initiatives visent à favoriser la scolarisation des filles et à renforcer leur autonomie. Selon le profil Niger du rapport annuel 2025 du Programme mondial pour mettre fin au mariage d’enfants, mis en œuvre par l’UNICEF et l’UNFPA, 101 149 adolescentes âgées de 10 à 19 ans ont participé à des interventions portant notamment sur les droits humains, les compétences de vie, la santé reproductive et l’éducation financière. Le même rapport indique que 17 890 filles ont bénéficié d’un accompagnement direct pour accéder à l’école ou y poursuivre leurs études en 2025, contre 10 678 en 2024. De son côté, le programme Illimin a permis à 12 716 adolescentes d’achever leur cycle de formation. Ces résultats témoignent de l’ampleur des interventions menées, mais ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer si les mariages d’enfants reculent. La situation sécuritaire constitue aussi un autre obstacle. En septembre 2025, 1 097 écoles étaient fermées en raison de l’insécurité, affectant 93 676 élèves, dont 48% de filles, selon le rapport précité. Ces fermetures compromettent la continuité de la scolarité dans les zones concernées.

Maintenir les filles à l’école : un défi multidimensionnel

Entre mariage d’enfants, pauvreté, éloignement des établissements et insécurité, le maintien des filles à l’école suppose des réponses adaptées à chacun de ces obstacles. Les initiatives engagées en faveur des adolescentes constituent une avancée, mais leur portée doit aussi être appréciée à travers les résultats obtenus dans la durée. L’enjeu reste de savoir si ces efforts contribueront à améliorer le maintien et la continuité des filles à l’école et, à terme, réduire la fréquence des mariages d’enfants.

Balkissa Ibrahima

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