Résultats du Bac 2026 au Niger : des chiffres incohérents à clarifier

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Le taux de réussite au baccalauréat nigérien est passé de 33,58 % à 40,61 % entre 2025 et 2026, une hausse saluée par le ministère de l’Enseignement supérieur comme le fruit de « l’engagement de l’État ». Mais le communiqué officiel de l’OBEECS contient, sur une même catégorie, deux chiffres de garçons présentés à l’examen dont l’un dépasse le nombre d’inscrits, ce qui est arithmétiquement impossible. Recalculé à partir du chiffre cohérent, le taux de réussite des garçons dépasserait celui des filles, à l’inverse de ce qu’affiche le document. S’y ajoute une hausse de 20,6 % du nombre de candidats inscrits, qui succède, un an à peine, à une baisse de 15,9 % sans explication dans un cas comme dans l’autre.

Les épreuves du baccalauréat 2026 se sont déroulées du 14 au 29 juillet sur l’ensemble du territoire, dans 208 jurys. Le 14 août 2026, le communiqué de proclamation publié conjointement par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation technologique et l’OBEECS, et signé par Pr Mamadou Saidou annonce un taux de réussite national de 40,61 % pour la session 2026, contre 33,58 % en 2025. Le texte évoque « une amélioration de l’ordre de 7 points » attribuée aux « efforts conjoints de l’ensemble de la communauté éducative » et à « l’engagement de l’État en faveur d’une école nigérienne de qualité ».

Évolution du taux de réussite au Baccalauréat (2015-2026)

Source : DASI/OBEECS (rapports annuels) et communiqué de proclamation, août 2026. Survolez les points pour le détail.

Événement Data

Des effectifs en dents de scie

Les deux rapports, mis côte à côte, racontent une autre histoire, celle d’effectifs qui ne finissent pas de zigzaguer. Le rapport DASI/OBEECS 2025 indiquait déjà, en annexe, une chute des inscrits au bac général entre 2024 et 2025 : de 87 883 à 73 940 candidats, près de 16 % de moins. Un an plus tard, la tendance s’inverse intégralement. Le communiqué de proclamation 2026 (section I, p. 4) annonce 89 143 inscrits, une hausse de plus de 20 % par rapport à 202,5 un niveau qui dépasse même celui de 2024, l’année de référence d’avant la baisse.Cette variation en accordéon, sur deux sessions consécutives, n’est expliquée nulle part.

Le rapport 2025 avançait pourtant des causes précises pour la baisse observée : instabilité des programmes scolaires, zones de conflit où, selon le document, « beaucoup d’élèves restent chez eux par peur d’être victimes des terroristes », débrayages d’élèves et d’enseignants. Aucune de ces variables n’est mobilisée dans le communiqué 2026 pour expliquer le mouvement inverse. Le silence est total.

Candidats inscrits au Bac général (2024-2026)

Source : Rapport DASI/OBEECS 2025 (annexe) et communiqué de proclamation 2026, section I (p. 4).

Événement Data

Un chiffre impossible, et un écart qui inverse le classement filles-garçons

Le tableau récapitulatif du communiqué (section I, p. 4) estime à 69 048 le nombre de garçons présentés à l’examen, sur 47 725 garçons inscrits. Un nombre de présentés supérieur au nombre d’inscrits est arithmétiquement impossible et le problème n’est pas isolé. Le même écart se reproduit à l’identique dans chacune des huit régions du tableau de la section II. À Agadez, par exemple, le document annonce 2 709 garçons présentés pour seulement 1 789 inscrits.

Un autre tableau du même document, consacré aux résultats par type de bac (section III, p. 8), donne un chiffre différent pour la même catégorie : 44 943 garçons présentés au niveau national. Ce chiffre est cohérent en interne car il correspond exactement à la somme des trois filières (5 714 au professionnel, 773 au technique, 38 456 au général) et il est mathématiquement compatible avec le nombre de garçons inscrits.Le taux de réussite de 26,51 % chez les garçons correspond précisément au rapport entre les 18 302 admis et les 69 048 présentés.

Mais l’incohérence vient du fait que le nombre des candidats qui ont subi les épreuves du bac (69 048) est de loin supérieur au nombre des candidats inscrits, à savoir 47 725. Est-ce à dire qu’il y a des personnes qui ont composé sans avoir été inscrites sur la liste des candidats ? Cette question mérite une clarification des services concernés.

Recalculé à partir du chiffre de la section III (44 943), ce même taux atteindrait 40,72 %, donc supérieur à celui des filles (40,48 %) et non inférieur. Autrement dit, selon la colonne du communiqué que l’on retient, les garçons ont soit nettement moins bien réussi que les filles, soit légèrement mieux réussi qu’elles. L’OBEECS n’explique cette divergence dans aucune des deux sections concernées.

Le tableau régional (section II) permet toutefois de reconstituer un chiffre plausible par région. Dans chaque ligne, la colonne « Total présentés » et la colonne « Filles présentées » sont, elles, cohérentes avec les totaux nationaux vérifiables ; leur différence donne un nombre de garçons présentés par région qui, sommé sur les huit régions, retombe exactement sur les 44 943 de la section III.

Reconstitué région par région, l’écart filles-garçons recule ou s’inverse dans la moitié des régions : à Dosso, Tillabéri et Zinder, le taux de réussite des garçons dépasserait alors celui des filles, quand le communiqué, avec son chiffre incohérent, les donne partout perdants

Taux de réussite filles-garçons : communiqué officiel vs recalcul Événement Data

Communiqué OBEECS/MESRIT, section II (p. 4), comparé au recalcul Événement Data (Total présentés − Filles présentées). Basculez la vue ci-dessous.

Vue actuelle : chiffres tels que publiés par l’OBEECS. Le taux « garçons » utilise un dénominateur incohérent (voir l’article).

Événement Data

Ce que les chiffres officiels ne disent pas

Le rapport 2025 détaillait les résultats croisés par secteur d’enseignement public, privé, candidats libres, par nationalité, par mention, et consacrait un chapitre entier aux « difficultés rencontrées » durant l’organisation de l’examen : erreurs de dossiers, désistements de correcteurs, cadre de travail jugé « inadapté ». Rien de tout cela dans le communiqué 2026, plus court et à visée essentiellement communicationnelle. Ni les données par secteur d’enseignement au niveau national, ni les statistiques du BTS n’y figurent.Des disparités régionales qui se recomposentLa comparaison région par région révèle que la hausse nationale ne se répartit pas uniformément. Agadez et Diffa deux régions frappées par l’insécurité, explicitement citées dans le rapport 2025 parmi les zones de conflit enregistrent les plus fortes progressions : respectivement +16,3 et +20,2 points. Dosso et Tillabéri, progressent plus modestement. Cette recomposition mériterait d’être documentée sur le terrain plutôt que déduite des seuls chiffres officiels.

Taux de réussite au Bac par région : 2025 vs 2026

Source : DASI/OBEECS 2025 ; communiqué de proclamation, section II (p. 4).

Événement Data

Cette analyse s’appuie sur le communiqué de presse officiel OBEECS/MESRIT (août 2026) et le rapport DASI/OBEECS 2025, deux documents émanant de la même autorité. Les incohérences chiffrées relevées proviennent des documents sources eux-mêmes et sont vérifiables page par page.

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