Un an de détention de Moussa Tchangari : AEC organise une journée de solidarité et de soutien en faveur de son SG    

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À l’occasion du premier anniversaire de la détention de son Secrétaire général, Moussa Tchangari, arrêté le 3 décembre 2024 et détenu depuis lors, dans un établissement pénitentiaire situé à 180 km de Niamey, l’Association Alternative Espace Citoyens (AEC) a organisé, le mercredi 03 décembre 2025, une journée de soutien, empreinte d’émotion, de solidarité et de témoignages en faveur de Tchangari. Une activité brève de trois heures d’horloge mais dense, qui a réuni famille, collègues, militants, avocats et journalistes au siège de l’Association.

L’événement s’est ouvert par une prière, suivie d’un sketch théâtral retraçant l’interpellation, le jugement et la détention d’un activiste. Cette mise en scène, saluée par les ovations du public, a planté le décor d’une journée où le symbolisme et la charge émotionnelle ont dominé. L’animation du programme a ensuite été assurée par l’activiste Kaka Touda, proche collaborateur du détenu, qui a introduit le déroulé de l’activité avant de céder la parole aux premiers intervenants.

Les moments les plus poignants sont venus de Marie et Falmata, les deux filles de Moussa Tchangari. Jeunes mais affirmées, elles ont livré un témoignage bouleversant, rappelant que leur père est poursuivi pour « apologie du terrorisme, complot contre l’autorité de l’État, association de malfaiteurs et intelligence avec une puissance étrangère ennemie ». Des accusations qu’elles ont dénoncées comme incompréhensibles, au regard de l’engagement constant de leur père en faveur des droits humains. Certains participants n’ont pas pu retenir leurs larmes face à leurs mots, à la fois dignes, lucides et empreints d’un courage hérité de leur père.

Le Directeur des programmes d’AEC, Tierno Hamadou, compagnon de longue date de Moussa Tchangari, de rappeler dans son introductif de l’activité : « douze mois que notre camarade est privé de liberté. Durant ces longs mois, nous avons gardé le silence. En Afrique, le silence est aussi une parole forte », a-t-il souligné, avant de rappeler que la situation du militant illustre, « combien le travail des défenseurs des droits humains est parfois ingrat et dangereux ».

Dans la foulée, Tiari Moustapha, membre du Conseil d’administration d’AEC a lu le discours officiel de soutien : « En lui rendant hommage aujourd’hui, nous affirmons une vérité simple mais essentielle : le Niger a besoin de ses hommes de valeur, et Moussa Tchangari est indéniablement de ceux-là. Comme le disait Gandhi, la vérité est un chemin solitaire, mais le seul qui mène à la paix intérieure. Tchang et ses amis ont emprunté ce chemin toute leur vie, avec courage, dignité et une constance rare », a-t-il déclaré, rappelant que la « force de Tchangari, c’est sa liberté intérieure qu’aucune cellule ne peut enfermer ».

La série de témoignages a ensuite été ouverte par Abdourahamane Ousmane, camarade de Tchangari depuis l’époque du campus. Il a résumé le parcours du militant en cinq engagements majeurs : l’Union des Scolaires Nigériens (USN), les organisations de la société civile, les médias, les mouvements altermondialistes et l’engagement politique. « Tous ces engagements, Tchang les a assumés avec responsabilité et dignité sans faille », a affirmé l’intervenant. Moustapha Abba Gana Lemine, un proche et l’aîné de Tchangari avec lequel il a grandi, a renforcé cette fresque biographique en partageant des anecdotes de leur enfance et de leur vie d’adultes, dressant le portrait d’un homme constant, loyal et profondément engagé.

Les journalistes Boubacar Diallo et Souleymane Elhadji Mahamadou, conviés initialement pour brosser l’état de la liberté de la presse au Niger en cette fin d’année 2025, ont eux aussi consacré l’essentiel de leur intervention à l’homme qu’ils ont interviewé et côtoyé durant des années. Ils ont rappelé son rôle décisif au sein de la presse alternative, notamment à travers un journal critique qu’il a dirigé, ainsi que dans le leadership qu’il a consacré au secteur dans son passage à la toute première structure associative de la presse privé (ANEPI). Plusieurs extraits de ses réponses à des interviews ont été lus, illustrant un homme qui « n’accepte pas la censure » et assume pleinement chaque mot prononcé.

La dernière partie des interventions a réuni un membre de son collectif de défense, Maître Mahaman Rabiou Oumarou, et un juriste Diori Ibrahim, membre de l’AEC. Sans violer le secret de l’instruction, l’avocat a assuré qu’il était « à l’aise en défendant Tchangari », un homme « mentalement fort, droit dans ses bottes, qui ne regrette rien de son engagement et qui attend que la vérité jaillisse, car il ne se reproche rien ». Diori Ibrahim, pour sa part, a rappelé les nombreux échos internationaux suscités par cette détention et s’est attardé sur la loi spéciale,  protégeant les défenseurs des droits humains au Niger, issue de l’esprit de la Résolution de 1998 des Nations unies. Selon lui, cette loi aurait dû être invoquée dans le dossier, mais « elle est écartée au profit d’autres dispositions pénales pour maintenir Tchangari en détention », une situation qu’il qualifie de « contraire au droit ».

L’activité s’est conclue sans discours de clôture formel : des groupes spontanés de discussion se sont formés dans la cour d’AEC, prolongeant les échanges autour de la figure de Moussa Tchangari, de la situation nationale et du rôle de la société civile. Une journée brève mais dense, marquée par la conviction que malgré l’absence physique du militant, sa présence elle, n’a jamais cessé d’habiter ceux qui continuent de porter son combat.

M. TAHIROU