Nationalisation de la NIGELEC : « étonnante décision », selon la FOTN 

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La Fédération des Organisations des Travailleurs de la NIGELEC (FOTN), réunissant les syndicats SYNATREEN, SYNTRAVE et SNAN, a tenu une session extraordinaire le lundi 23 juin 2025 pour dénoncer vigoureusement les accusations portées contre le personnel, suite à la décision prise par le gouvernement de nationaliser la NIGELEC. Une décision qualifiée d’ »étonnante » par la FOTN, car l’État détient déjà 99,38% des actions de la société.

Les travailleurs outrés par la stigmatisation et une nationalisation « incomprise »

La FOTN rejette en bloc les justifications évoquées en Conseil des ministres du 19 juin dernier ayant concouru la « nationalisation » de la NIGELEC, notamment celles concernant les avantages accordés aux agents. Selon la Fédération, « l’abattement de 90% sur la consommation d’électricité représente à peine 33 000 F CFA par agent, alors que dans des sociétés similaires, la prise en charge atteint 100% ». S’agissant du 13ème mois, explique la FOTN, « il est légalement encadré par un décret de 1986 ». Quant à la prime d’intéressement, elle est « conditionnée aux résultats que la NIGELEC n’a jamais cessé de produire positivement, contrairement à ce qui a été véhiculé dans les médias », contestent les syndicats.

Les travailleurs de la NIGELEC se disent également profondément « meurtris par les propos tenus lors du débat télévisé du 17 juin dernier sur la RTN, où « des profanes » ont jeté l’opprobre sur une entreprise stratégique, sans fondement technique, ni rigueur éthique ». Ils condamnent aussi le comportement de l’animateur, également conseiller en communication du Président de la République, et celui du Directeur général de l’Énergie qui a « volontairement laissé planer la confusion, avant d’être aussitôt promu au poste du Secrétaire général du ministère ».

Un bras de fer en pleine crise énergétique

Ce conflit syndical avec l’exécutif survient alors que le Niger traverse une grave crise énergétique, marquée par des coupures intempestives et prolongées d’électricité. La chute de six (6) pylônes sur la ligne 330kV Kandji-Birnin Kebbi en territoire nigérian, entre le 7 et le 29 mai 2025, a entraîné des délestages massifs dans la zone du fleuve, en dépit de l’activation de tous les moyens de production disponibles. Un incident qualifié de « cas de force majeure » par la FOTN qui s’excuse d’ailleurs auprès de la population, tout en saluant sa patience et sa résilience.

Toutefois, la Fédération pointe du doigt, des causes plus profondes, à savoir : le coût de revient du kWh qui a atteint 198 F CFA, alors qu’il est vendu en moyenne à 96,38 F CFA, voire 59,45 F CFA pour les ménages sous tarif social. L’État et ses démembrements eux, accumulent plus de 40 milliards F CFA d’impayés, contraignant la société à recourir à des découverts coûteux.

La FOTN invite le gouvernement à joindre l’acte à la parole en investissant réellement dans la production locale d’énergie, en payant ses dettes, et en soulageant les abonnés par la suppression de taxes anciennes et lourdes comme la redevance ORTN, la taxe spécifique électricité, ou encore les timbres fiscaux et les frais ONAREM.

Dans une posture à la fois combative et constructive, les travailleurs de la NIGELEC réaffirment tout de même leur soutien au CNSP et à sa vision de souveraineté énergétique. Mais, ils déclarent : « on ne peut électrifier un pays en court-circuitant la vérité ».

Mahamadou Tahirou