Niger/Inondations :les pluies tuent, l’alerte est lancée

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Alors que la saison des pluies s’annonce déjà meurtrière, le Centre Opérationnel de Veille, d’Alerte et de Conduite de Crise (COVACC) tire une nouvelle sonnette d’alarme. Le ciel se déchaîne, les maisons s’effondrent, les populations paient le prix fort. Pourtant, les prévisions l’avaient annoncé depuis mai 2025, que cette année, des pluies excédentaires, des inondations probables et un risque accru de catastrophes seront observés. Le temps est venu de transformer les alertes en actions.

Quand les cieux grondent, la terre pleure. Depuis le 30 juin 2025, les pluies torrentielles qui s’abattent sur le Niger ne laissent aucun répit. Selon le message d’alerte n°00787 du 2 juillet 2025, publié par le Centre Opérationnel de Veille, d’Alerte et de Conduite de Crise (COVACC), cinq régions sont déjà frappées de plein fouet : Diffa, Dosso, Niamey, Tillabéri et Zinder. Les chiffres sont glaçants : quatre personnes mortes, des dizaines de têtes de bétail emportées, des maisons détruites ou affaissées, desroutes impraticableset desfamilles endeuillées, encore et encore.

Les causes sont identifiées : vents violents, foudre et fortes précipitations. Des phénomènes climatiques que la Direction de la Météorologie Nationale du Niger avait pourtant prédit dès le mois de mai 2025, en annonçant une saison pluvieuse excédentaire de juillet à septembre. À l’époque déjà, l’institution avait mis en garde contre des risques accrus d’inondations, de maladies hydriques et de pertes humainessi des mesures préventives n’étaient pas prises.

Ce message du COVACC ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une logique de prévention face à l’inertie parfois observée sur le terrain. Car aujourd’hui encore, malgré les alertes répétées, des familles continuent d’occuper les zones inondables, des habitations précaires restent habitées, les caniveaux sont obstrués, des travaux se poursuivent sous la pluie, des routes s’engloutissent sous les eaux, etdes enfants pataugent dans les flaques infectées.

Face à ce constat alarmant, le Centre appelle les populations à faire preuve de vigilance et à respecter les consignes suivantes : Quitter les zones à risque d’inondation, ne pas habiter dans les maisons fragilisées, ne pas s’abriter sous les arbres pendant les orages, ne pas obstruer les voies naturelles d’écoulement des eaux, ne pas construire sous la pluie ni sur des sites mouillés, modérer la vitesse lors des déplacements sous la pluie, et surtout, prévenir les secours en cas de danger en appelant le 18.

L’heure n’est plus au scepticisme. Les signaux sont rouges, les eaux montent, et le drame se profile si rien n’est fait. L’État, les collectivités locales, les leaders communautaires et les citoyens eux-mêmes doivent s’approprier ces alertes non pas comme une fatalité, mais comme une opportunité d’agir.

Il est urgent que les plans de contingence soient activés, que les sites de relogement soient prêts, que leszones à risque soient évacuées. Il est temps de renforcer la communication de crise, d’impliquer les radios rurales, les influenceurs communautaires, les chefs coutumiers. Il est surtout impératif que les populations comprennent que le danger n’est plus une hypothèse, mais une réalité.

En 2024, les inondations avaient déjà fait plus de 390 morts au Niger et des dégâts matériels pondérables. Faut-il encore attendre un autre bilan macabre pour prendre au sérieux les avertissements des météorologues et du COVACC ? Chaque pluie qui tombe désormais est un test de résilience collective, une épreuve pour notre système d’alerte et un jugement de notre capacité à anticiper.

Les alertes ne sont pas des vœux pieux. Elles sont des instruments de survie. Et dans ce contexte, la passivité est un luxe qu’aucune société vulnérable ne peut plus se permettre.
Le ciel a parlé. Les scientifiques ont prévenu. L’État alerte. Maintenant, c’est aux citoyens d’écouter, de comprendre, d’agir. Car face à l’eau, le silence tue. 

Mahamadou Tahirou